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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

Le temps du football

 

Les terrains vagues où l’on jouait naguère

Nous narguent maintenant du haut de leurs zones immobilières

Mes souvenirs de foot valent bien peu de choses

Les gens s’en foutent pas mal, il faut bien qu’ils se logent

Les ouvriers ont arraché le premier jour des travaux

Les deux grands platanes qui nous servaient de poteaux

Pendant que la grue ombrageait notre si beau désert

Ils ont remué la poussière de mon passé de footballeur

 

Car les terrains disparaissent, le football lui reste.

 

Ils ont aplani le terrain bosselé et pentu

Nivelé la flaque d’eau devant la ligne de but

Je me souviens encore du ballon ralenti par la boue

Sur lequel nous nous jetions comme des fous

Le ballon gît sous la haie du jardin,

Doucement, il s’enfonce comme un souvenir s’éteint 

 

Mais les ballons disparaissent, le football lui reste.

 

Le football lui ne m’a jamais déçu

Nulle autre chose au monde n’a eu sa constance absolue.

 

A l’époque, on n’avait pas peur de se tacler dans le dos

A l’époque, on n’avait pas peur du vilain geste, du mot de trop.

Nous préférions au fair-play les tacles assassins

Naguère nous imaginions évoluer en D1

Nous imitions nos idoles en rajoutant les commentaires

Naguère, nous ne nous pâmions pas devant des stars pré-pubères

 

Mais les enfants disparaissent, le football lui reste.

 

La présence rassurante du football, ses communions immédiates

Je garde en moi ce temps comme un souvenir intact

Ami était lors synonyme d’équipier, je me souviens du poste où chacun évoluait

Enfin le mot évolution confine à l’hyperbole

Quand je vois ce qu’est devenue mon équipe de football

Par politesse pour le passé, on se revoit parfois pour jouer

Mais sur le terrain stabilisé, les corps sont lourds, les cœurs usés

 

Car les amis disparaissent, le football lui reste

 

Le football lui ne m’a jamais déçu

Nulle autre chose au monde n’a eu sa constance absolue.

 

Football égale fidélité et notre enfance a décidé

Nous n’aurons qu’une équipe, tant pis si elle perd pied

L’amour perdu annonce de nouvelles conquêtes

L’amour d’un club survit défaite après défaite

Peux-tu en dire autant ma chère ?

Seras-tu aussi fidèle qu’un car de supporters ?

 

Car les amours disparaissent, le football lui reste.

 

Tous ces souvenirs, toute cette poussière de football

Range ce sport du côté de la parabole

Comme dans l’Ancien Testament, l’arbitre est un Dieu farouche

A l’injustice sans limite malgré l’arbitre de touche

La vie est un match sans arbitrage vidéo.

Les mauvais coups sont permis si on ne les voit pas trop.

Au bout de quelques saisons s’achève ma carrière

Commencée plein d’allant et me voilà par terre

 

Mais il faut que je me redresse car le foot lui reste

 

Le football lui ne m’a jamais déçu

Nulle autre chose au monde n’a eu sa constance absolue.

 

Mais peu importe que le football reste

Le plus important c’était le reste

Les amis sur le terrain, l’amour après l’enfance

Peut-être ai-je atteint l’âge de m’inscrire à un cours…

De danse.

 

 

                                                      G. Bloufiche