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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

Un volcan pas si désagréable

Publié le 23 Avril 2010 par N. Brunel in Société

 

Un arrêt dans le pilotage automatique de nos vies

 

Un petit nuage venu des profondeurs de l'Atlantide nous a redonné un peu de lenteur et de tranquillité. Pendant que les journaux, du papier à l'internet en passant par la télé et la radio, sont en pleine épilepsie d'information sur le blocage du ciel, le monde s'est mis à tourner rond pour quelques jours. Ma sœur est bloquée à Saint-Pétersbourg, et elle m'étranglerais sûrement si elle savait que ce nuage me paraît une sorte de bénédiction, en mettant fin pour un temps à la translation accélérée des corps et en libérant les esprits. Nous redécouvrons par exemple la complexité des déplacements : train, bateau, bus, voiture, …, combinaison de tout ça ? Nous redécouvrons le lien entre temps et distance. Et surtout, comme pour les grèves, nous redécouvrons la galère qui met fin au pilotage automatique de nos vies.

 

Avachie dans son couloir d'attente en plein aéroport, ma sœur me paraît beaucoup plus proche de l'humain simple et vrai que je ne le serai dans quelques jours, tendu dans mon avion vers la Corée en train de réviser mon rôle de touriste, prêt à jouer ma partition d'homme ébahi par la beauté des paysages et la profondeur culturelle des Terres éloignées.

 

Ce retour de la complexité, de la lenteur, de l'interrogation et de la circonspection sur l'avenir proche, ce n'est heureusement pas la Terre redevenue plate, mais c'est la possibilité de l'appréhender à nouveau : où suis-je géographiquement, comment m'en sortir, que faire en attendant ? Pour la première fois depuis des années, tout cela rappelle un peu l'odeur de l'aventure, de l'homme seul sur son bateau qui doit s'en sortir par ses propres moyens pour retrouver la côte. Youpi !

 

Une bouffée d’air révélatrice

 

Peut-être dans quelques jours ne pourrais-je pas partir jouer mon rôle de touriste à l'autre bout de la planète. Mais je continuerai à l'aimer, ce petit nuage sorti d'un volcan, pour les messages remontant de 20 000 lieux sous les mers qu'il nous a délivrés. Venu du fin fond de la Terre, il nous dit plusieurs choses : la mondialisation (en général, pas strictement économique), c'est avant tout de l'Internet et des avions, c'est avant tout des techniques. Bloquez les aéroports, et les relations diplomatiques comme les rencontres entre habitants s'amenuisent radicalement. Les désistements pour l'enterrement de feu le Président polonais l'illustrent.  

 

Il nous dit aussi que nous allons trop vite. Pour que le blocage de la machine soit ressenti comme une bouffée d'air, c'est que l'homme est dépassé par celle-ci, à la fois par ses techniques et son organisation sociale. Nous avons besoin de quelques repères, de quelques conventions qui durent.

 

Il nous dit encore que nous ne maîtrisons rien de ce que nous pensons diriger, ni notre organisation économique et sociale, ni notre espace aérien, ni le comportement de l'écosystème. Celui-ci subit notre activité mais nous ne la maîtrisons pas. Et nous subissons l'activité des éléments du système planétaire, et nous ne le maîtrisons pas. A bien des égards, nous ne le comprenons tout simplement pas en profondeur. Ainsi sommes-nous démunis tant pour anticiper l'activité volcanique que pour évaluer la forme, la dispersion et la dangerosité du nuage effrayant qui tel un vaisseau spatial de V survole nos villes et nos campagnes...

 

Cette petite ironie de ma part ne s'adresse pas même à la réaction des gouvernants : il leur est de toute façon impossible de réagir à une crise sans être critiqués puisque le principe de précaution ne résout rien malgré la bonne volonté qu'il dénote. Avoir face à l'inconnu une réaction adaptée relève finalement du non-sens.

 

Malgré les difficultés des uns et des autres, il est donc possible d’apprécier le volcan et son nuage, car ils soulignent tant l'intérêt de l'imprévu que celui de la décélération pour se redécouvrir.

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