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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

Sortir de l'Euro ?

Publié le 2 Février 2014 par G. Eturo in Europe et monde

Faut-il sortir de l'Euro ? Cette semaine, l'hebdomadaire Marianne ose poser la grande question à laquelle les Français exigeront que les partis politiques répondent lors de la prochaine campagne pour les élections européennes. Très franchement, pour qui a un minimum de connaissances en économie et un certain bon sens en géopolitique, il fait peu de doute que la France n'a pas grand intérêt à poursuivre la piteuse aventure de la monnaie unique (piteuse, au regard de son bilan) dans le cadre de l'actuelle Union Européenne et telle qu'est conçue l'Union Economique et Monétaire (UEM). D'un point de vue économique, il est avéré que l'Euro détruit, avec le pacte de stabilité réaffirmé et renforcé par le récent TSCG, toute possibilité pour notre pays de procéder aux ajustements macro-économiques susceptibles de préserver ou de dynamiser son économie. Tandis que d'un point de vue géopolitique, l'Euro n'aura fait que renforcer la position de l'Allemagne au détriment de celles des autres, et notamment la France. Ce double constat me semble difficilement contestable.

 

Le problème de cette monnaie est en réalité doublement caractérisable : c'est en effet une monnaie pour les riches et c'est aussi une monnaie pour les Allemands. Une monnaie pour les riches, car la doctrine monétariste qui est adossée à la monnaie unique n'est que l'apparat pseudo-scientifique d'une approche qui sacralise les marchés, et notamment les marchés financiers. Cet idéal de monnaie "neutre", coupée de tout exercice de la souveraineté populaire par l'intermédiaire des gouvernements, est une façon de favoriser l'économie de rente, au détriment de la consommation et de l'investissement. L'Euro est ainsi la monnaie de l'oligarchie, en travaillant pour ses intérêts dès lors qu'elle neutralise les perturbations potentielles - et toujours redoutées - des puissances publiques tout autant qu'elle garantit la pérennité d'une dynamique d'enrichissement au seul bénéfice d'une minorité. Ce n'est pas un hasard si la préoccupation première demeure, de nos jours, le paiement coûte que coûte du service de la dette, alors que les Etats occidentaux, s'ils étaient davantage guidés par des considérations d'intérêt général que par leur servilité aux puissances d'argent, auraient un intérêt manifeste à dénoncer une partie de l'endettement public qui plombe leurs bugdets et qui, ce faisant, les rend encore plus vulnérables aux diktats de l'oligarchie financière. A cette aune, nous avons pu voir que si, pour rassurer les marchés financiers (obsessionnite occidentale) inquiets de possibles défauts sur les dettes publiques, il fallait aller jusqu'à violer les traités communautaires, on n'hésiterait pas à le faire, voire à le refaire autant qu'il serait nécessaire. C'est ce qu'on appelle "sauver la monnaie unique" et que j'appellerais plutôt sauver l'argent des riches.

 

L'Euro est donc d'abord une monnaie pour les riches mais c'est aussi, disions-nous, une monnaie pour les Allemands. En affirmant cela, je ne verse pas dans le nationalisme facile et je reconnais volontiers les concessions déjà faites par l'Allemagne pour aider (aider étant un bien grand mot...) les pays les plus malmenés par la crise des dettes souveraines. Et je n'ignore pas qu'elle-même est tentée par le retour au Mark, étant lassée de devoir secourir financièrement ceux-là mêmes qu'elle a piégés dans une politique monétaire insoutenable. Je ne fais que rappeler ici cette vérité que la monnaie unique est la résultante d'un compromis diplomatique consécutif à la chute du Mur de Berlin, la France ayant accepté la réunification des deux Allemagnes en échange de l'union monétaire. Le problème étant que cette union s'est faite selon les conditions allemandes et a, de fait et depuis lors, largement plus servi les intérêts économiques de l'Allemagne que celle de ses voisins. C'est bien parce que la France ne peut pas ajuster sa parité monétaire que nous sommes présentement conduits à appliquer une politique de l'offre consistant en une dévaluation interne par la rigueur salariale... De sorte que l'Allemagne entraîne en réalité le continent tout entier dans une spirale déflationniste susceptible de produire une dépression économique majeure avec tous les résultats que l'on entrevoit déjà... Ajoutons que c'est précisément parce que François Hollande s'est fixé pour objectif ultime et inconditionnel de maintenir la France dans la zone Euro qu'il ne peut envisager une autre politique que celle initiée dans son "pacte de responsabilité". Notre Chef de l'Etat ne semble avoir le goût, ni des audaces, ni des rapports de force.

 

En réalité, le fait de savoir si nous devons quitter l'Euro ne peut être séparé d'une approche politique globale. J'entends par là que l'Euro ne serait viable que s'il apparaissait comme monnaie de l'Europe (et non de l'Allemagne) et monnaie de la démocratie (et non de l'oligarchie). En d'autres termes, comme monnaie d'une démocratie européenne. Car enfin, seul un Président européen élu au suffrage universel direct, fort d'une majorité parlementaire armée de véritables prérogatives, serait en mesure d'orienter la politique monétaire européenne vers les compromis auxquels l'Union Economique et Monétaire empêchent d'aboutir. Il n'en faudrait pas moins en effet pour, d'une part, mettre sous contrôle la Banque Centrale Européenne (BCE) et, d'autre part, pratiquer une politique monétaire qui ne soit pas au seul bénéfice d'un Etat membre au détriment de presque tous les autres.

 

J'en reviens donc à cette impérieuse nécessité consistant à décider de la destination que nous souhaitons pour l'Europe. Si cette destination est fédérale, c'est à dire s'il doit y avoir un Etat européen, avec une fiscalité européenne et un vrai budget européen, conserver l'Euro me paraît être une option souhaitable, sous cette réserve cependant (à des fins démocratiques) : que le monétarisme ne soit pas gravé dans le marbre de la nouvelle Constitution européenne. En revanche, si l'Europe se noie dans une dynamique intégratrice avec les mêmes institutions qui lui servent de cadre et le même aveuglement face à la doxa monétariste, je le dis franchement et sans la moindre hésitation : il nous faut alors en finir avec l'Euro, et le plus vite sera le mieux. C'est pourquoi il est urgent de remettre en cause les traités actuels et de revenir vers les peuples qui sont les seuls dépositaires de la légitimité de la construction européenne. Veut-on, oui ou non, partager un destin commun, vivre une grande aventure collective dans le cadre d'une Europe politique, ou bien préfère-t-on, à ce dessein, celui de la liberté de nos Etats-nations ? C'est à cette grande question qu'il nous faut répondre, sans espérer que l'UE réussisse à le faire comme par enchantement.

 

Aujourd'hui, tel qu'il est, l'Euro est un boulet pour l'économie française, comme l'est d'ailleurs le poids de la dette publique qu'il serait funeste de vouloir rembourser rubis sur ongle (c'est pourtant ce que se proposent de faire les partis de gouvernement, d'accord pour que nous mourrions tous guéris). A la France de savoir si elle veut donner à l'Euro la dimension politique et démocratique qu'il n'a pas ou si elle privilégie le retour à sa souveraineté monétaire (et budgétaire). Le peuple, seul, doit et peut trancher. 

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