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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

Société sans avenir

Publié le 6 Mai 2013 par N.Brunel in Société

Les enjeux actuels des sociétés d'Europe de l'Ouest semblent se résumer à deux catégories et une temporalité : la gestion technique de la société, les problématiques d'inclusion dans cette société, le tout se limitant au présent et au lendemain proche.

 

Toute l'attention des autorités politiques et des citoyens est ainsi concentrée sur des questions telles que :

-   le déficit, la croissance, le chômage, la sécurité sociale, l'espérance de vie, la réforme de l'Etat, bref les rouages d'une mécanique à perfectionner, en partie au service d'une meilleure vie de ses acteurs et en partie en contraignant ses acteurs à toujours mieux la servir.

-     les inégalités de droit, les discriminations illégales et volontaires, les discriminations "malgré soi", les inégalités potentiellement héritées de l'Histoire ; du fait du sexe, de l'orientation sexuelle, de la croyance, de la nationalité, de l'origine, de l'âge, de la classe sociale ; mais aussi les différences entre pays de l'UE, entre pays européens au-delà de l'UE, entre pays pauvres et riches, entre les régimes politiques ; bref la préoccupation permanente pour une égalité fictive par ses références même (égalité entre sous-groupes de la société) mais dont la recherche a l'intérêt de poursuivre l'extension sans fin de l'inclusion dans la logique statistique.

 

Même si une telle société pose de bonnes questions, principalement celle de l'égalité, et apporte des bienfaits forts bienvenus, en particulier une tentative d'extension des moyens de subsistance voire de confort au plus grand nombre, elle a surtout pour conséquence de ne donner aucun autre horizon que sa propre continuation et, pour les individus, une absence totale d'objectif collectif.

 

Notre continent ne croit plus en un Dieu (ou plusieurs), il ne croit plus non plus dans le progrès, il ne croit plus enfin en quelque but collectif que ce soit et il ne propose aucune voie de dépassement individuel non plus. Seul compte le tableau de bord sociétal et économique du jour[1]. Ce présentisme indépassable, surplombé par aucun rêve ni horizon, est l'apanage de l'Europe. Possiblement en lien avec les traumatismes du XXème siècle, dont les petit-enfants ont décidé de porter indistinctement le poids comme s'ils les avaient commis ou comme s'ils étaient leur seul héritage, comme si l'Histoire se limitait aux pires actions[2] des pires acteurs[3] du seul dernier siècle[4]. Quoi qu'il en soit des raisons de notre présentisme et de la faible prise en compte de la complexité du passé et des sociétés, nous sommes aujourd'hui seuls dans cette configuration ne proposant tout simplement aucun avenir.

 

Que ce soit vers l'Est avec la Chine, la Corée, ... ou vers l'Ouest avec les Etats-Unis, le Brésil, ... , il est visible pourtant que la modernité ne mène pas forcément à ce type de société sclérosée : espérance, transformation, espace, vivacité religieuse, créativité sont au rendez-vous. Les projets et la vivacité qui sont les leurs pourraient exister chez nous aussi si nous décidions que le rêve n'est que la somme de l'imagination et de l'action. Le monde bouge autour de nous, nous sommes surpris par l'apparition de continents de plastiques dans les Océans, déçus par la maladie et la corruption de nos démocraties, ébahis devant la découverte de deux planètes-océans habitables, en colère devant les blocages européens. Les Etats-Unis et bien d'autres réagissent et osent passer du rêve à la réalité : des sociétés privées envoient des fusées et pensent envoyer des hommes dans l'espace, des Etats fédérés ont fait des référendums sur les stupéfiants, le futur de la liberté d'expression reste au centre des débats au Sénat et à la Cour suprême. Chez nous aussi des gens sont prêts à expérimenter, à tenter, à participer à des projets collectifs un peu fou au premier abord : réforme de la Démocratie au-delà de la représentation élective, union fédérale de l'Europe, conquête de l'Espace, exploration des fonds marins, développement de la robotique. Ou même, à plus petite échelle, reparler des Droits de l'Homme au moment où la liberté d'expression et la vie privée sont profondément revus par les NTIC et les drones (et les google cars), reprendre la question des drogues après un demi-siècle d'approches synonymes d'échecs, envisager  un programme de dépollution des océans et de la stratosphère ouvert à tous les volontaires[5] et dont l'objectif ne serait pas nos côtes nationales mais irait de la Méditerranée au Pacifique et à toute la strastosphère. Bref, sortir des chiffres de l'actualité et des procédures de Pôle Emploi pour se tourner vers l'énergie des actifs et l'envie de changement des jeunes.

 

Nous avons les créateurs, les juristes, les scientifiques, les ingénieurs pour passer des projets aux réalisations. A titre d'exemple, un architecte français fait vivre Sea Orbiter, qui est entre le laboratoire flottant et la mini-ville dérivante. Par le passé, nous avons lancé Ariane. Plus loin encore, notre participation à la vie des idées politiques et à la construction de la démocratie a constitué une grande part de notre identité. Ce sont des projets de ce type, qui semblent nous dépasser mais qui peuvent nous animer, qui doivent être mis en avant par le monde politique, à moins que nous ne devions plus considérer nos hommes politiques que comme des administrateurs ou des manageurs.

 

Ce Continent qui a vu partir les caravelles vers les Amériques ne revivra qu'avec de nouvelles frontières à dépasser plutôt qu'en se regardant le nombril, en se ré-inventant plutôt qu'en se mesurant.



[1]    Et encore, sans remise en cause réelle d'inégalités croissantes entre individus tant qu'elle est également partagée entre les sous-groupes de la société.

[2]    Un individu n'est pourtant pas défini par une seule action.

[3]    Une société n'est pourtant pas définie par une partie de ses acteurs seulement, ni l'Europe par une partie seulement de ses pays.

[4]    L'Histoire ne se limite pourtant pas à la veille.

[5]    Volontaires mais pas bénévoles : c'est aussi un moyen de donner du travail, un salaire et une formation.

 

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