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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

Sclérose de la démocratie partisane

Publié le 23 Février 2010 par N. Brunel in Politique

 

La référence pavlovienne droite/gauche

 

M. Hirsh a des idées de gauche mais travaille dans un gouvernement de droite. Il met en oeuvre au sein du gouvernement Fillon des mécanismes promus dans les rangs socialistes mais qui se font raboter par les membres de l'UMP. Sa présence au gouvernement semble apporter une caution aux autres politiques, anti-sociales, de la majorité au pouvoir. Alors M. Hirsh, de « droite » ou de « gauche » ?

 

Ainsi se pose toujours la question en France. Qu’il s’agisse d’une personne (Hirsh, Sarkozy, Strauss-Kahn, Aubry, ...), d’une politique (par exemple la taxe carbone, ou la posture atlantiste, ou l'écologie), d’une phrase même (le « la Nation, c'est le seul bien des pauvres » de Jaurès), voire d’une simple parole (pas très catholique...) : de gauche ou de droite ?

 

La séparation du monde gentils/méchants

 

C'est que cette distinction doit permettre de simplifier le monde. Les gentils d'un côté et les méchants de l'autre. Ou les angéliques d'un côté et les réalistes pragmatiques de l'autre. Chaque groupe a sa version mais les dirigeants de chaque camp, pour assurer une identification facile face à l'électeur et pour bétonner la cohésion de son troupeau, sont tous d'accords pour dire : « nous sommes le monolithe de ceux qui ont raison et ceux d'en face sont le monolithe de l'erreur, de l'aveuglement voire de la mauvaise foi, bref du mal. »

 

La politique, ce n'est pas compliqué finalement, il s'agit de prendre les électeurs pour des idiots vis-à-vis desquels le monde doit être rendu lisible par sa simplification outrancière. La politique peut même devenir étonnamment simple, il suffit de forcer les membres du parti à se taire et à voter comme le chef.

 

La discipline partisane et le fait majoritaire

 

Ce dernier aspect porte d'ailleurs un joli nom, facile à comprendre : la discipline partisane. Ou plus simplement : quand on est dans un camp, on peut penser différemment mais il ne faut pas le dire. Et surtout, il faut « bien » voter. Cela peut se comprendre dans une certaine mesure. La France comme d'autres pays, a très largement souffert de l'instabilité gouvernementale. Très logiquement, la Constitution contient donc des dispositions, nombreuses, pour réduire cet aléa. Mais la pratique est allée beaucoup plus loin et rendrait même les mécanismes prévus par la Constitution étonnamment inutiles.

 

A tel point qu'à la sécheresse des pratiques s’est accolée peu à peu la sécheresse des  esprits : peu de voix discordantes à l'Assemblée nationale, tout se joue camp contre camp. Il faut aller dans le « para-partisan »[1] voire chez les intellectuels non « compagnons de route »[2] pour retrouver des débats d'idées[3]. Et cette sécheresse des esprits nous amène à une écrasante sécheresse des institutions : le fait majoritaire réduit le débat et uniformise les membres des institutions qui sont nommés par les élus. Ce n'est pas de la Constitution que vient le problème ici, puisqu'elle est taillée pour laisser une large place aux hommes. C'est bien des pratiques. Et ces pratiques ne sont pourtant pas issues d'une pente naturelle. Dans d'autres démocraties les hommes ont gardé leur indépendance d'esprit et d'action, et pas uniquement de l'autre côté de l'Atlantique.

 

Retourner vers l'homme de conviction et  de projet, délaisser les machines à gagner et à museler

 

Les chefs de partis ont besoin de machines à gagner, avec des troupes obéissantes et des électeurs motivés par une vision tellement simple du monde qu'ils devraient « savoir » pour qui voter. Mais le monde ne correspond tout simplement pas à cette lecture. Qu'il s'agisse du diagnostic ou de la solution, chaque problème échappe en général à une classification manichéenne pour étaler surtout de la complexité, et c'est elle qu'il s'agit d'aborder sans jeter d'anathème.

 

L'homme dans sa vie politique ne répond pas à une situation ou une question inattendue par une démonstration partant de ses préceptes de base pour arriver aux conclusions tirées de sa doctrine. Il ne part pas non plus de la parole de son chef de parti. Il part de ce qu'il ressent en son for intérieur et le décrypte. En suite de quoi : soit il va décrire ce qui semble expliquer son ressenti naturel, soit il expose ce qui le pousse personnellement à s'en éloigner quand sa réflexion l'amène à ne pas aimer les implications de son ressenti immédiat. Bref, il est à la fois libre, spontané et réfléchi. Cet homme existe probablement, peut-être même est-il légion chez le citoyen discret. En tout cas il n'est pas au Parlement.

 


[1]    Par exemple les cercles de réflexions et autres « think tanks » financés par les partis ou recevant de temps à autres des politiques.

[2]    Qui restent en marge des partis pour nombre de raisons, certaines par choix, d'autres du fait des membres des partis qui eux-mêmes entretiennent peu de contacts avec les intellectuels.

[3]    À ne pas confondre avec les débats « coups de com' ».

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