Partager l'article ! Retour sur Jean-Ba le Terrible, la guerre des classes aura-t-elle lieu ? par M. Aurouet: Il n’entrait évidemment pas dans mon intention, en é ...
Causeries
républicaines
Il n’entrait évidemment pas dans mon intention, en écrivant Jean-Ba le Terrible, d’effectuer un quelconque éloge de la violence politique. Comment oublier la grande leçon d’Albert Camus, qui mieux que personne nous apprit que la révolte devait être assise sur un oui à la vie, et ne pût se confondre avec le déchaînement d’une colère dont la prétendue justice contient toujours une part de mensonge de par le fait qu'une colère meurtrière est d’abord la réponse de l’orgueil à l’humiliation, sous les traits familiers de la vengeance, plutôt qu’un acte de justice nécessairement orienté vers la correction, le pardon et la rédemption.
Jean-Ba est une figure malheureuse ; ses actes, la réponse déshonorante d’une dignité bafouée et d’un mépris éhonté des puissants sur les humbles. Ce n’est pas le bras de la justice, encore moins sans doute celui de l’espérance, mais plutôt la vengeance d’un désespoir survolté, la déclaration de guerre d’une partie de l’humanité contre une autre partie aux intérêts fondamentalement divergents. Et cela vaut avertissement. Car nous voici arrivé à un croisement majeur de l’Histoire, où le triomphe oligarchique est sur le point de pourrir complètement nos démocraties. On souligne souvent – à raison d’ailleurs – combien la démocratie suppose et permet les précieuses libertés individuelles. On rappelle plus rarement que c’est aussi l’antidote à ce que le capitalisme engendre dans son propre développement, je veux parler de la guerre des classes. Les mirages du libre marché et de sa prétendue main invisible, la marche enthousiaste vers l’intégration économique et financière des nations dans un bloc mondial dépolitisé, auront presque réussi à nous faire oublier que le capitalisme laissé à lui-même n’est rien d’autre qu’un vampire à qui le profit finit toujours par manquer et pour lequel toutes les limites lui sont virtuellement franchissables. Nous avons presque oublié que le capitalisme n’était pas un humanisme et qu’il appartenait à la démocratie de le cadrer, de le domestiquer, faute de quoi l’enrichissement des uns se payait de l’appauvrissement des autres.
Il ne suffit pas de tromper les apparences oligarchiques par un efficace, mais précaire, décorum démocratique, comme si la forme pouvait se dissocier du fond. Le Parlement peut bien se tenir debout, les élections peuvent bien avoir lieu, si les procédures démocratiques ne parviennent pas, quelles qu’en soient les raisons, à combler le fossé ahurissant des conditions d’existence et à contrer l’indécence ploutocratique sur fond de prolétarisation des classes moyennes, elles n’empêcheront pas le surgissement d’une colère sociale dont il est difficile de savoir si elle se limitera aux urnes ou si elle empruntera des voies plus radicales.
Puisque les oligarques de la finance semblent déterminés à faire revenir nos sociétés au 19ème siècle ou, à tout le moins, avant le grand compromis démocratique de l'après deuxième guerre mondiale, il pourrait bien leur falloir composer avec un séparatisme de classe croissant et plus ou moins violent, avec des débordements de type action directe qu’il serait prématuré d’exclure sous le prétexte que, pour l’heure, la vaste majorité des contestations reste pacifique et n’envisage aucun renversement de régime. La vérité est que le 19ème siècle est à prendre ou à laisser, et qu’à vouloir le prendre, les thuriféraires de l’hyper-capitalisme finiraient bien par tomber un jour sur des figures révolutionnaires tel que Jean-Ba, figures complètement désespérées d’une démocratie redevenue pleinement bourgeoise. Et l’on ne sait que trop, en retour, à quel démon peuvent se fier celles et ceux que la peur de partageux prêts à tout, invite aux pires compromissions.
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