Mardi 27 avril 2010 2 27 /04 /Avr /2010 08:41

Publié dans : Europe et monde

 

Au train où vont les choses, il est difficile de ne pas se dire que la construction européenne finira mal. Le rêve vendu par la propagande européiste a des allures de brochure publicitaire et, comme aurait tout aussi bien pu dire Philippe Muray, « ça ne prend plus ».

 

L’endettement de l’Etat grec et la crise subséquente de ses finances publiques ont montré, s’il fallait encore une preuve, que l’Union européenne est tout sauf un espace de solidarité. L’intervention du FMI, de ce point de vue, constitue une honte dont il sera difficile de se laver. Lorsque le système financier tousse au point de faire trembler les économies, il ne faut pas longtemps pour que les puissances publiques viennent au secours des banques. Mais qu’un Etat de l’Union dont les difficultés sont aggravées par des agences de notation sans scrupule appelle à l’aide, et voilà l’Europe frileuse et incapable d'agir, au point de partager son plan d’aide avec le FMI.

 

Cela, d’ailleurs, illustre un autre aspect fondamental : le refus de l’Europe d’assurer sa souveraineté. Pensons à cette « Europe de la défense » qui révèle trop bien le refus d’assurer la défense du vieux continent. Combien de fois, en France, nous a-t-on vendu la « puissance européenne » comme motif de la construction européenne ? Si ce pacifisme était solitaire, il aurait encore quelque chose de courageux. Au lieu de cela, bien à l’abri derrière les armes américaines, il a quelque chose d’hypocrite et de misérable.

 

L’entêtement libre-échangiste de l’Europe et son refus de protéger ses économies révèle un point plus inquiétant encore : non contente de travailler à sa propre impuissance, l’Europe ne défend même pas les intérêts des Européens, ou bien confond ces intérêts avec ceux des multinationales et des actionnaires. Après avoir bavassé pendant dix ans autour de sa pitoyable « stratégie de Lisbonne », nul doute qu’elle se prépare à peaufiner de nouvelles orientations décennales tout aussi dérisoires (la formation, la concurrence, la flexibilité etc.).

 

Autre élément et non des moindres, l’Europe ne veut pas se définir. Non pas tant parce que cet exercice serait trop difficile, mais parce qu’elle a l’allergie de la frontière. Sous nos latitudes, c’est entendu, se poser veut dire s’opposer. Si vous doutez encore de cette explication, songez qu’à chaque fois que l’entrée de la Turquie dans l’UE est évoquée favorablement, ce n’est pas parce qu’elle serait européenne à tel ou tel titre, mais parce qu’un refus la jetterait dans les eaux de l’obscurantisme. Notez au passage tout le respect qui est ainsi exprimé pour le pays d’Atatürk.

 

On peut débattre avec intérêt de la question de savoir si l’Europe souffre d’être trop « intégrée », comme on dit, ou pas assez. A bien des égards, l’absence de budget européen digne de ce nom, de même que la complexité institutionnelle de l’édifice communautaire, laissent accroire que l’Europe ne dispose pas de moyens suffisants pour relever les défis qui lui sont posés. L’essentiel, pourtant, n’est peut être pas là. Le problème de fond réside dans le fait qu’on ne sait plus trop bien pourquoi elle existe. La paix ? Certes, bien qu’il soit difficile d’imaginer que des démocraties, mêmes souveraines, se fassent la guerre dans un contexte où le simple patriotisme est assimilé à un début de fascisme. Quoi qu’il en soit, privée d’identité, de projet et d’idéal, largement impuissante et sourde, combien de temps ce leitmotiv de la paix suffira-t-il à faire tenir l’Europe ? Son futur se dessine de plus en plus comme ceci : une distance entre aujourd’hui et le jour plus ou moins lointain où la rengaine de la paix ne prendra plus.

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