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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

Europe : l'avenir est sombre

Publié le 27 Avril 2010 par M. Aurouet in Europe et monde

 

Au train où vont les choses, il est difficile de ne pas se dire que la construction européenne finira mal. Le rêve vendu par la propagande européiste a des allures de brochure publicitaire et, comme aurait tout aussi bien pu dire Philippe Muray, « ça ne prend plus ».

 

L’endettement de l’Etat grec et la crise subséquente de ses finances publiques ont montré, s’il fallait encore une preuve, que l’Union européenne est tout sauf un espace de solidarité. L’intervention du FMI, de ce point de vue, constitue une honte dont il sera difficile de se laver. Lorsque le système financier tousse au point de faire trembler les économies, il ne faut pas longtemps pour que les puissances publiques viennent au secours des banques. Mais qu’un Etat de l’Union dont les difficultés sont aggravées par des agences de notation sans scrupule appelle à l’aide, et voilà l’Europe frileuse et incapable d'agir, au point de partager son plan d’aide avec le FMI.

 

Cela, d’ailleurs, illustre un autre aspect fondamental : le refus de l’Europe d’assurer sa souveraineté. Pensons à cette « Europe de la défense » qui révèle trop bien le refus d’assurer la défense du vieux continent. Combien de fois, en France, nous a-t-on vendu la « puissance européenne » comme motif de la construction européenne ? Si ce pacifisme était solitaire, il aurait encore quelque chose de courageux. Au lieu de cela, bien à l’abri derrière les armes américaines, il a quelque chose d’hypocrite et de misérable.

 

L’entêtement libre-échangiste de l’Europe et son refus de protéger ses économies révèle un point plus inquiétant encore : non contente de travailler à sa propre impuissance, l’Europe ne défend même pas les intérêts des Européens, ou bien confond ces intérêts avec ceux des multinationales et des actionnaires. Après avoir bavassé pendant dix ans autour de sa pitoyable « stratégie de Lisbonne », nul doute qu’elle se prépare à peaufiner de nouvelles orientations décennales tout aussi dérisoires (la formation, la concurrence, la flexibilité etc.).

 

Autre élément et non des moindres, l’Europe ne veut pas se définir. Non pas tant parce que cet exercice serait trop difficile, mais parce qu’elle a l’allergie de la frontière. Sous nos latitudes, c’est entendu, se poser veut dire s’opposer. Si vous doutez encore de cette explication, songez qu’à chaque fois que l’entrée de la Turquie dans l’UE est évoquée favorablement, ce n’est pas parce qu’elle serait européenne à tel ou tel titre, mais parce qu’un refus la jetterait dans les eaux de l’obscurantisme. Notez au passage tout le respect qui est ainsi exprimé pour le pays d’Atatürk.

 

On peut débattre avec intérêt de la question de savoir si l’Europe souffre d’être trop « intégrée », comme on dit, ou pas assez. A bien des égards, l’absence de budget européen digne de ce nom, de même que la complexité institutionnelle de l’édifice communautaire, laissent accroire que l’Europe ne dispose pas de moyens suffisants pour relever les défis qui lui sont posés. L’essentiel, pourtant, n’est peut être pas là. Le problème de fond réside dans le fait qu’on ne sait plus trop bien pourquoi elle existe. La paix ? Certes, bien qu’il soit difficile d’imaginer que des démocraties, mêmes souveraines, se fassent la guerre dans un contexte où le simple patriotisme est assimilé à un début de fascisme. Quoi qu’il en soit, privée d’identité, de projet et d’idéal, largement impuissante et sourde, combien de temps ce leitmotiv de la paix suffira-t-il à faire tenir l’Europe ? Son futur se dessine de plus en plus comme ceci : une distance entre aujourd’hui et le jour plus ou moins lointain où la rengaine de la paix ne prendra plus.

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Nicolas 28/04/2010 08:18



L'intervention du FMI ne vient pas d'une frilosité de l'Union européenne mais du blocage de Mme Merkel et de l'Allemagne quand tous les autres pays voulaient être solidaires (et même le
gouverneur de la BCE M. Trichet, ce qui paraît fou). Quant à la rengaine de la paix, on voit ces derniers jours avec la Belgique qu'elle n'est pas sans importance : les Vlaams Belang a chanté
l'hymne "national" flamand dans une des assembées du pays et refuse que des francophones s'installent en Flandres. C'est le grand retour des revendications régionales en Italie, en Espagne, au
Royaume-Uni. Bref, la question des frontières reprenant du volume, celle de la paix restera incontournable.



M. Aurouet 28/04/2010 09:06



L'Allemagne est la première puissance européenne et sa population représente une part très importante de celle de l'Union. Tout en reconnaissant que tu as raison de dire que l'on était pas loin
d'une unanimité des Etats, il reste que l'Allemagne n'est pas la Slovénie.


Sur le deuxième point, c'est le lien entre paix et UE qui est fragile. Car justement, l'UE n'est-il pas un encouragement aux régionalismes autonomistes ou séparatistes ? Il y a ambivalence : si
l'UE est garante de paix par le simple fait qu'elle offre une scène diplomatique commune et structurée, bien que compliquée et décevante dans ses résultats, elle affaiblit aussi des nations qui
se voient confrontées à des mouvements séparatistes qui arguent de l'obsolescence des premières. Souvenons nous du slogan du BNP en Angleterre : "Indpendance within UE".