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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

La République en toc

Publié le 7 Novembre 2009 par N. Brunel in Politique


1. République bananière


Plus que jamais, en France, le Prince se sert et se fait servir

 

Le Prince se sert de la Justice selon son gré


Il y a les procès que l'on voit, les procès politiques par exemple, et les procès que l'on voudrait voir mais qui n'arrivent pas, les procès de certains politiciens bien sûr mais surtout les procès financiers.

Le Prince se fait servir par les juges selon leur envie de carrière


Ne reparlons pas de ceux qui mènent les procès politiques, on pourrait croire que l'auteur fait une fixation. Disons donc plus simplement qu'une étude des parcours de carrière des magistrats, de tous les magistrats, pourrait avoir son intérêt.

 

Le Prince se sert de ses amis


En particulier de ses amis politiques, qui doivent savoir soit prendre des coups aux ministères et au Parlement fantôme pour des décisions qui sont celles du Prince, soit laisser la place qu'ils convoitent depuis des années ou occupent depuis peu au niveau local afin que d'autres amis du Prince, plus en cour, se fassent élire en toute facilité. Alors si en plus il s'agit de complaire à Monsieur en faisant une place au Morveux...

 

Le Prince se fait servir par ses amis, qui veulent que le  Prince les serve. Cela marche d'ailleurs très bien


Etrangement, cette fois, il ne s'agit plus tant des amis politiques, ces petits pions minables bons à être trahis, mais des amis financiers et industriels. De vrais potes quoi. Du Yacht au séjour américain, le Prince sais récupérer en bons de vacances ce qu'il a donné en marchés, en influence, et en mise en branle de l'Etat pour les bons potes. Le « Bro code » contient aussi un chapitre « censure de mes journalistes » que les potes ne se privent pas d'appliquer. Certains soulèverons un débat de haute voltige pour savoir s'il y a censure ou juste auto-censure. Le principe est pourtant le même : il s'agit pour le journaliste de faire « chut » sur les sujets qui fâchent, de peur de faire « pschitt » à son poste.


2. République sans manière


Bien installé, mais sans prestance, le Prince ne respecte pas et veut se faire respecter


Le Prince ne respecte pas les représentations


Du Fouquet's au discours sur le Lycée, du Traité de Lisbonne passé en force à la tentative de décrédibilisation du référendum d'initiative populaire spontané sur la Poste, le Prince a détruit toutes les représentation chères aux Français : la stature présidentielle, la parole de l'élu de la Nation, le Parlement même lorsqu'il était déjà réduit à sa plus simple expression, le service public et l'expression populaire. Là où le Prince passe, les symboles trépassent.

 

Le Prince ne respecte pas les représentants


Tous les représentants y passent. Qu'ils aient été élus ou nommés. Qu'ils soient censés représenter un pouvoir indépendant ou qu'ils aient déjà l'habitude d'être des lavettes. Notons d'ailleurs que ceux qui vivent normalement comme une charge vertueuse d'être un simple rouage eux-mêmes n'en peuvent plus. En faisant court, nous pouvons donc nommer dans la catégorie « paillasson du Prince » les préfets et les commissaires de police. Dans la catégorie « punching-ball » les parlementaires, pour qui il n'a jamais été aussi vrai que le parti est la mort de l'esprit. Et dans la catégorie « quantité négligeable », les élus locaux.

Le Prince veut se faire respecter par les siens


Et pour cela, la palette va du rappel à l'ordre permanent jusqu'à la purge. Le rappel à l'ordre permanent, il est connu au quotidien tant par le gouvernement que par le Parlement. Les uns doivent régulièrement vérifier qu'ils ont la confiance du Président et faire remonter les arbitrages à l'Elysée. Un secrétaire d'Etat peut ainsi l'emporter sur un Premier ministre. Les autres doivent s'habituer à voir les procédures du parlementarisme rationalisé poussées à leur extrême. Ainsi le groupe parlementaire voit-il son chef crier qu'il veut la place du vizir mais obliger tout le monde à voter comme un parti godillot. Pour la purge, je n'ose goûter au plaisir de rappeler qu'il y a en France, en ce moment, un procès qui ne rassemble que des surdiplômés aux dents longues engagés au prétoire dans une lutte politique.

Le Prince veut se faire respecter par les autres. On ne force pas le respect


Le Prince, nous l'avons dit, a détruit la stature présidentielle, tout seul comme un grand, s'il est vraiment possible de dire cela. Il s'attend pourtant à être respecté à l'aune de la fonction qu'il incarne si mal. Entre un « touche-moi pas » auquel est répondu un « casse-toi pauv'con », et un « descends si tu es un homme, descends si tu en as dans le froc », le Peuple, tout le Peuple aura compris qu'on exige de lui un respect que l'on n'est pas en droit d'attendre. Comme l'exemple vient d'en haut, le respect se perd. Il n'y a qu'à voir le doigt du ministre des charters aux journalistes.

 

3. République de faussaire(s)


Toujours prêt, à trahir ou tromper, le Prince nous raconte des histoires, il se raconte des histoires


Le Prince nous raconte des histoires pour fabriquer l'opinion


On parle souvent de ce mot barbare : story-telling. Certes, ce terme permet de faire à la fois hype et snob, bref carrément branchouille. Mais il recouvre une vérité crue : on nous raconte des histoires. L'exemple le plus caricatural fut la ligne directe entre l'Elysée, opinion way et Le Figaro. Et des histoires comme cela, le Prince en a plein sa besace, d'autant que ses conseillers la remplissent tout le temps. Insécurité une fois, crise une autre fois, identité nationale la fois d'après. Tous les vrais sujets, sur lesquels nous devrions tous nous pencher, sont amenés avec des arrières-pensées qui peuvent se résumer à deux aspects : occuper l'espace d'une part, tirer vers les sujets favorables à son camps d'autre part. Mais nous sommes réalistes, il y a fort à craindre que l'avenir ne soit pas à l'abandon de cette technique par la droite mais à son adoption par le reste du spectre politique.

 

Le Prince se raconte des histoires entre deux trahisons

 

Le Prince est entouré, le Prince est aimé, le Prince a plein d'amis et ceux-ci viennent de tous les secteurs de la société : politique, finance, industrie, divertissement, culture, administration ... Notons tout de même quelques points. Ils viennent de divers secteurs d'activité, mais tous du haut du panier. Le Prince n'a jamais hésité à trahir un ami, car en fait il n'a pas vraiment d'amis mais plutôt des alliés. Un ami du Prince a en général déjà trahi lui-même pas mal de monde, car il n'y a finalement pas d'alliance non plus, mais juste des circonstances. Voilà pourquoi un ami de trente ans peut être trahi et, s'il ne l'est pas, doit encore faire en sorte de rester en cour non seulement auprès du Prince, mais aussi auprès de la Princesse. Dans un monde pareil, il est certain que s'il faut garder les yeux grands ouverts, il faut de temps en temps se raconter des histoires pour pouvoir dormir tranquille.

Le Prince se raconte des histoires de grandeur


Le Prince continue à croire ce que le Peuple n'envisage même pas avec intérêt. Le Prince veut se montrer grand au Peuple, il veut se sentir grand lui-même. Quand le Peuple entier a abandonné, peut-être à tort, l'idée de puissance et n'aspire en terme de grandeur qu'à celle de l'exemplarité (ce serait un bon début), le Prince hésite entre se poser en Président de l'Europe ou se mesurer à Obama. Pourtant, quant on a besoin de talonnettes (quand on ressent ce besoin pour confirmer sa stature), on se contente de trafiquer les photos, on ne se mesure pas aux autres.

 

Le Prince nous raconte des histoires de beau parleur. Il n'a pas d'idée mais il sait les exposer


Quand le Prince et ses servants ne créent pas l'événement, autrement dit quand la réalité les dépasse, leur objectif est de surfer sur les événements. C'est pourquoi le Prince n'a pas d'idées organisées, pas de doctrine, pas d'école, pas de pensée politique tout simplement. Sa pensée s'appelle la tactique. Et sa tactique possède donc deux pôles alternatifs : être un faussaire ou être une girouette. Une fois de plus, tout dépend des circonstances.

 

 

Dans cette République en toc

Il faut savoir choisir

Soit de baisser son froc

Soit un jour de sévir

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