Partager l'article ! La République en toc, par N. Brunel: 1. République bananière Plus que jamais, en France, le Prince se sert et se fai ...
Causeries
républicaines
1. République bananière
Plus que jamais, en France, le Prince se sert et se fait servir
Le Prince se sert de la Justice selon son gré
Il y a les procès que l'on voit, les procès politiques par exemple, et les procès que l'on voudrait voir mais qui
n'arrivent pas, les procès de certains politiciens bien sûr mais surtout les procès financiers.
Le Prince se fait servir par les juges selon leur envie de carrière
Ne reparlons pas de ceux qui mènent les procès politiques, on pourrait croire que l'auteur fait une fixation. Disons
donc plus simplement qu'une étude des parcours de carrière des magistrats, de tous les magistrats, pourrait avoir son intérêt.
Le Prince se sert de ses amis
En particulier de ses amis politiques, qui doivent savoir soit prendre des coups aux ministères et au Parlement
fantôme pour des décisions qui sont celles du Prince, soit laisser la place qu'ils convoitent depuis des années ou occupent depuis peu au niveau local afin que d'autres amis du Prince, plus en
cour, se fassent élire en toute facilité. Alors si en plus il s'agit de complaire à Monsieur en faisant une place au Morveux...
Le Prince se fait servir par ses amis, qui veulent que le Prince les serve. Cela marche d'ailleurs très bien
Etrangement, cette fois, il ne s'agit plus tant des amis politiques, ces petits pions minables bons à être trahis,
mais des amis financiers et industriels. De vrais potes quoi. Du Yacht au séjour américain, le Prince sais récupérer en bons de vacances ce qu'il a donné en marchés, en influence, et en mise en
branle de l'Etat pour les bons potes. Le « Bro code » contient aussi un chapitre « censure de mes journalistes » que les potes ne se privent pas d'appliquer. Certains
soulèverons un débat de haute voltige pour savoir s'il y a censure ou juste auto-censure. Le principe est pourtant le même : il s'agit pour le journaliste de faire « chut » sur les
sujets qui fâchent, de peur de faire « pschitt » à son poste.
2. République sans manière
Bien installé, mais sans prestance, le Prince ne respecte pas et veut se faire
respecter
Le Prince ne respecte pas les représentations
Du Fouquet's au discours sur le Lycée, du Traité de Lisbonne passé en force à la tentative de décrédibilisation du
référendum d'initiative populaire spontané sur la Poste, le Prince a détruit toutes les représentation chères aux Français : la stature présidentielle, la parole de l'élu de la Nation, le
Parlement même lorsqu'il était déjà réduit à sa plus simple expression, le service public et l'expression populaire. Là où le Prince passe, les symboles trépassent.
Le Prince ne respecte pas les représentants
Tous les représentants y passent. Qu'ils aient été élus ou nommés. Qu'ils soient censés représenter un pouvoir
indépendant ou qu'ils aient déjà l'habitude d'être des lavettes. Notons d'ailleurs que ceux qui vivent normalement comme une charge vertueuse d'être un simple rouage eux-mêmes n'en peuvent plus.
En faisant court, nous pouvons donc nommer dans la catégorie « paillasson du Prince » les préfets et les commissaires de police. Dans la catégorie « punching-ball » les
parlementaires, pour qui il n'a jamais été aussi vrai que le parti est la mort de l'esprit. Et dans la catégorie « quantité négligeable », les élus locaux.
Le Prince veut se faire respecter par les siens
Et pour cela, la palette va du rappel à l'ordre permanent jusqu'à la purge. Le rappel à l'ordre permanent, il est
connu au quotidien tant par le gouvernement que par le Parlement. Les uns doivent régulièrement vérifier qu'ils ont la confiance du Président et faire remonter les arbitrages à l'Elysée. Un
secrétaire d'Etat peut ainsi l'emporter sur un Premier ministre. Les autres doivent s'habituer à voir les procédures du parlementarisme rationalisé poussées à leur extrême. Ainsi le groupe
parlementaire voit-il son chef crier qu'il veut la place du vizir mais obliger tout le monde à voter comme un parti godillot. Pour la purge, je n'ose goûter au plaisir de rappeler qu'il y a
en France, en ce moment, un procès qui ne rassemble que des surdiplômés aux dents longues engagés au prétoire dans une lutte politique.
Le Prince veut se faire respecter par les autres. On ne force pas le respect
Le Prince, nous l'avons dit, a détruit la stature présidentielle, tout seul comme un grand, s'il est vraiment possible
de dire cela. Il s'attend pourtant à être respecté à l'aune de la fonction qu'il incarne si mal. Entre un « touche-moi pas » auquel est répondu un « casse-toi pauv'con », et
un « descends si tu es un homme, descends si tu en as dans le froc », le Peuple, tout le Peuple aura compris qu'on exige de lui un respect que l'on n'est pas en droit d'attendre. Comme
l'exemple vient d'en haut, le respect se perd. Il n'y a qu'à voir le doigt du ministre des charters aux journalistes.
3. République de faussaire(s)
Toujours prêt, à trahir ou tromper, le Prince nous raconte des histoires, il se raconte des
histoires
Le Prince nous raconte des histoires pour fabriquer l'opinion
On parle souvent de ce mot barbare : story-telling. Certes, ce terme permet de faire à la fois hype et snob, bref
carrément branchouille. Mais il recouvre une vérité crue : on nous raconte des histoires. L'exemple le plus caricatural fut la ligne directe entre l'Elysée, opinion way et Le Figaro. Et des
histoires comme cela, le Prince en a plein sa besace, d'autant que ses conseillers la remplissent tout le temps. Insécurité une fois, crise une autre fois, identité nationale la fois d'après.
Tous les vrais sujets, sur lesquels nous devrions tous nous pencher, sont amenés avec des arrières-pensées qui peuvent se résumer à deux aspects : occuper l'espace d'une part, tirer vers les
sujets favorables à son camps d'autre part. Mais nous sommes réalistes, il y a fort à craindre que l'avenir ne soit pas à l'abandon de cette technique par la droite mais à son adoption par le
reste du spectre politique.
Le Prince se raconte des histoires entre deux trahisons
Le Prince est entouré, le Prince est aimé, le Prince a plein d'amis et ceux-ci viennent de tous les secteurs de la
société : politique, finance, industrie, divertissement, culture, administration ... Notons tout de même quelques points. Ils viennent de divers secteurs d'activité, mais tous du haut du panier.
Le Prince n'a jamais hésité à trahir un ami, car en fait il n'a pas vraiment d'amis mais plutôt des alliés. Un ami du Prince a en général déjà trahi lui-même pas mal de monde, car il n'y a
finalement pas d'alliance non plus, mais juste des circonstances. Voilà pourquoi un ami de trente ans peut être trahi et, s'il ne l'est pas, doit encore faire en sorte de rester en cour non
seulement auprès du Prince, mais aussi auprès de la Princesse. Dans un monde pareil, il est certain que s'il faut garder les yeux grands ouverts, il faut de temps en temps se raconter des
histoires pour pouvoir dormir tranquille.
Le Prince se raconte des histoires de grandeur
Le Prince continue à croire ce que le Peuple n'envisage même pas avec intérêt. Le Prince veut se montrer grand au
Peuple, il veut se sentir grand lui-même. Quand le Peuple entier a abandonné, peut-être à tort, l'idée de puissance et n'aspire en terme de grandeur qu'à celle de l'exemplarité (ce serait un bon
début), le Prince hésite entre se poser en Président de l'Europe ou se mesurer à Obama. Pourtant, quant on a besoin de talonnettes (quand on ressent ce besoin pour confirmer sa stature), on se
contente de trafiquer les photos, on ne se mesure pas aux autres.
Le Prince nous raconte des histoires de beau parleur. Il n'a pas d'idée mais il sait les exposer
Quand le Prince et ses servants ne créent pas l'événement, autrement dit quand la réalité les dépasse, leur objectif
est de surfer sur les événements. C'est pourquoi le Prince n'a pas d'idées organisées, pas de doctrine, pas d'école, pas de pensée politique tout simplement. Sa pensée s'appelle la tactique. Et
sa tactique possède donc deux pôles alternatifs : être un faussaire ou être une girouette. Une fois de plus, tout dépend des circonstances.
Dans cette République en toc
Il faut savoir choisir
Soit de baisser son froc
Soit un jour de sévir
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