Partager l'article ! Le temps du football, par G. Bloufiche: Les terrains vagues où l’on jouait naguère Nous narguent maintenant du hau ...
Causeries
républicaines
Les terrains vagues où l’on jouait naguère
Nous narguent maintenant du haut de leurs zones immobilières
Mes souvenirs de foot valent bien peu de choses
Les gens s’en foutent pas mal, il faut bien qu’ils se logent
Les ouvriers ont arraché le premier jour des travaux
Les deux grands platanes qui nous servaient de poteaux
Pendant que la grue ombrageait notre si beau désert
Ils ont remué la poussière de mon passé de footballeur
Car les terrains disparaissent, le football lui reste.
Ils ont aplani le terrain bosselé et pentu
Nivelé la flaque d’eau devant la ligne de but
Je me souviens encore du ballon ralenti par la boue
Sur lequel nous nous jetions comme des fous
Le ballon gît sous la haie du jardin,
Doucement, il s’enfonce comme un souvenir s’éteint
Mais les ballons disparaissent, le football lui reste.
Le football lui ne m’a jamais déçu
Nulle autre chose au monde n’a eu sa constance absolue.
A l’époque, on n’avait pas peur de se tacler dans le dos
A l’époque, on n’avait pas peur du vilain geste, du mot de trop.
Nous préférions au fair-play les tacles assassins
Naguère nous imaginions évoluer en D1
Nous imitions nos idoles en rajoutant les commentaires
Naguère, nous ne nous pâmions pas devant des stars pré-pubères
Mais les enfants disparaissent, le football lui reste.
La présence rassurante du football, ses communions immédiates
Je garde en moi ce temps comme un souvenir intact
Ami était lors synonyme d’équipier, je me souviens du poste où chacun évoluait
Enfin le mot évolution confine à l’hyperbole
Quand je vois ce qu’est devenue mon équipe de football
Par politesse pour le passé, on se revoit parfois pour jouer
Mais sur le terrain stabilisé, les corps sont lourds, les cœurs usés
Car les amis disparaissent, le football lui reste
Le football lui ne m’a jamais déçu
Nulle autre chose au monde n’a eu sa constance absolue.
Football égale fidélité et notre enfance a décidé
Nous n’aurons qu’une équipe, tant pis si elle perd pied
L’amour perdu annonce de nouvelles conquêtes
L’amour d’un club survit défaite après défaite
Peux-tu en dire autant ma chère ?
Seras-tu aussi fidèle qu’un car de supporters ?
Car les amours disparaissent, le football lui reste.
Tous ces souvenirs, toute cette poussière de football
Range ce sport du côté de la parabole
Comme dans l’Ancien Testament, l’arbitre est un Dieu farouche
A l’injustice sans limite malgré l’arbitre de touche
La vie est un match sans arbitrage vidéo.
Les mauvais coups sont permis si on ne les voit pas trop.
Au bout de quelques saisons s’achève ma carrière
Commencée plein d’allant et me voilà par terre
Mais il faut que je me redresse car le foot lui reste
Le football lui ne m’a jamais déçu
Nulle autre chose au monde n’a eu sa constance absolue.
Mais peu importe que le football reste
Le plus important c’était le reste
Les amis sur le terrain, l’amour après l’enfance
Peut-être ai-je atteint l’âge de m’inscrire à un cours…
De danse.
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