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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

Féminisme et néolibéralisme

Publié le 28 Avril 2010 par G. Eturo in Politique

 

Dans un récent ouvrage, Mme Badinter a pointé le retour en force d’une idéologie essentialiste se traduisant par une sorte de guerre larvée contre les femmes qui travaillent ou n’ont pas d’enfant.

 

Nous souscrivons d’emblée à l’observation de Mme Liébert-Helmann qui, dans le numéro 21 de Causeur, souligne la caractère étonnant d’une telle position en rappelant "qu’en dehors de quelques excitées de la Leache League et des injonctions médiatiques de Mme Antier, il semble au contraire qu’on n’a jamais autant fichu la paix aux femmes concernant leurs choix en la matière", argument que vient étayer la politique familiale en France axée sur le libre choix des familles, et en tous cas parfaitement éloignée de toute position "naturaliste". A la limite, l’accent promotionnel est plutôt mis sur l’omniprésente "conciliation entre vie sociale, vie familiale et vie professionnelle".

 

Cet éloignement du réel par une philosophe très estimable, dont les positions sur la burqa ont été d’un grand secours par la qualité des arguments avancés, nourrit notre conviction que le féminisme, décidément, est une sorte d’avatar du néolibéralisme. Autrefois lutte nécessaire pour une pleine égalité des droits, civils et civiques, le féminisme perd franchement de son sérieux et de ses couleurs dans une société qui lui est largement acquise (sauf à la marge, évidemment).

 

Pire : à vouloir une "égalité vraie" dans tous les domaines où les femmes se trouvent statistiquement en minorité, on se condamne à nourrir le cours des choses et à ne pouvoir rien changer de fondamental. Dit autrement, le féminisme comme d'autres idéologies de l’émancipation dans une société où règne l’égalité des droits et la permissivité des moeurs, conduit à une traque des discours et des comportements, au nom de soubassements ignorés de la population mais parfaitement connus de mesdames et messieurs les sociologues. Le seul débouché possible d’une telle posture intellectuelle est d’ajouter au statu quo général une forte dose de politiquement correct se traduisant par une autre traque, celle du « dérapage verbal ou comportemental » (Halde là !).

 

Ainsi, on sera très féministe et donc bien sous tous rapports si l’on se réjouit d’une participation toujours croissante des femmes au marché du travail. On se privera d’entrevoir cependant combien ce succès est avant tout celui du statu quo, l’acceptation d’un salariat généralisé par trop déconnecté de l’utilité sociale réelle du travail.

 

Mme Badinter déplore le culte de l’enfant roi, et nous la rejoignons tout à fait, mais comment ne pas déceler le lien entre cet « enfant-roi » et l’investissement des couples contemporains sur le marché du travail, tout occupés qu’ils sont à poursuivre leurs carrières professionnelles ? D’ailleurs, cette mobilisation des individus, hommes et femmes confondus, est aussi, et peut-être surtout, une réponse à l’instabilité conjugale et à l’insécurité financière. La figure de la mère isolée à trente-cinq ans est désormais banale à force d’être répandue. Et ce n’est pas le durcissement des conditions d’ouverture et du niveau des droits sociaux (retraite etc.) qui arrangera les choses.

 

Soyons clair : nous ne disons pas que la femme ne devrait pas intégrer le marché du travail car sa place serait à la maison. Pour le coup, ce serait une posture essentialiste dont le retour redouté est, répétons-le, aussi fantasmé que l’équation du sarkozysme et du pétainisme. Nous entendons souligner combien la défense d’une valeur travail qui ne serait pas assimilée à la participation de chacun au marché du travail nous semble autrement plus urgente et progressiste que celle d’une parité sexuelle enfin parfaite dans le monde fabuleux des salariés, qu’ils soient ouvriers, employés, managers ou dirigeants. Nous arguons qu’il existe d’autres engagements dans la vie - familiaux, éducatifs, associatifs, artistiques, politiques ou religieux - qui sont autant de dignes usages de la liberté humaine.

 

Cette défense de la diversité réelle (pas celle qui veut mettre du sexe et des couleurs à la standardisation des activités, des mœurs et des pensées), ce refus d’une société homogénéisée, dans la nécessaire conscience que l'on ne peut tout assumer seul, suppose de s’éloigner quelque peu d'un féminisme traqueur de phallocratie pour adopter un point de vue plus solidariste. Ce dernier, parce qu'il permet d'envisager le couple, en dépit de sa "fluidité sociale", comme un univers créateur de posibilités et régulateur d’un équilibre de vie, dans le libre consentement de l’homme et de la femme, s’avère beaucoup plus prometteur dans l'actuelle société française non phallocrate qu’un féminisme dont la figure centrale paraît être la monade égoïste et narcissique, figure sociale de l'hyper-capitalisme contemporain.

 

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