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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

Le nouveau féminisme est-il un totalitarisme ?

Publié le 28 Août 2013 par G. Eturo in Société

Il fut un temps pas si lointain où le féminisme était un mouvement de révolte contre un authentique état de minorité. Ce féminisme là visait la conquête de l'égalité des droits civils et politiques. En ce sens, c'était bien un mouvement démocratique, mais son approche était libérale, se proposant de lutter contre des interdits juridiques injustifiables et le poids réellement suffocant des conventions sociales. Il libérait plus qu'il ne prescrivait. Il était sincèrement rebelle et irrévérencieux. Il allait même, parfois, jusquà pourfendre dans un même élan l'Etat bourgeois, l'Eglise et le capitalisme. Il se voulait alors, et d'abord, socialiste et révolutionnaire.

 

Ce temps là n'est plus. De nos jours, le féminisme a son ministère, obligatoire. Il a ses directives communautaires, ses lois, ses décrets et ses circulaires. Il a ses journées. Dans les plus hautes sphères, il dénonce en boucle, arborant de préférence un fort joli sourire, comme pour mieux rassurer son monde sur l'évidente bienveillance de ses intentions ; il déplore les retards dans les journaux, quand il ne regrette pas , à la radio ou à la télé, le poids des mentalités ; il contraint tous les partis politiques ; il prétend renouveller voire révolutionner la politique elle-même ; il promeut dans les entreprises et les administrations. Il sensibilise à l'école, du primaire au lycée. Il s'immisce dans les manuels scolaires. Il a le soutien, scientifique et engagé, d'une sociologie généreusement subventionnée. Il a ses idiots utiles, aussi, qui alimentent sa raison d'être et sa posture de progressisme en péril. 

 

La libération est devenue active et normative. On ne plaisante plus. On ne rit plus. Le sérieux dégouline de la gauche jusqu'à la droite. Il ne s'agit plus d'abolir. Il faut que ça change, il faut que ça change vite. Il faut que ça change et il faut que ce soit irréversible. Alors on surveille, on comptabilise ;  au besoin on interdit et on punit. On revisite le langage, on remodèle les comportements, on fait en sorte de changer les mentalités en se fixant un agenda. On ridiculise, on accuse, on suspecte et on ringardise.

 

Le féminisme s'est mué en une exigence aussi militante qu'intransigeante de mixité concrète et de parité obsessionnelle ; surtout, d'ailleurs, quand il s'agit des femmes. Il dissout jusqu'aux différences biologiques élémentaires, frisant parfois le ridicule. Il retravaille constamment et ardemment une réalité sociale qui l'insupporte du point de vue des moeurs. Bientôt, il s'invitera sous la couette, comme il ne se gêne pas pour intervenir dans les foyers et, dans certaines contrées déjà, pour traquer le mâle dominateur jusque dans les chiottes, tel Poutine face aux terroristes. Bref, en un mot et pour le dire très simplement, notre nouveau féminisme est un nouveau catéchisme. C'est une nouvelle cause sacrée. Comme l'Eglise jadis, il prêche et condamne tout en s'accomodant, lui aussi d'ailleurs, d'un ordre économique foncièrement injuste. Et comme ce catéchisme innerve toutes les sphères d'autorité, en commençant par l'Etat lui-même, voilà l'ancien mouvement de libération devenu, ironiquement et tristement, une vaste entreprise de conditionnement social qui n'est pas sans rappeler, malgré l'Etat de droit qui lui sert de cadre, les méthodes totalitaires du 20ème siècle.


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Thérèse 07/06/2017 17:52

C'est tout à fait ça.
Le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (!) a fait paraître un Guide pour une communication publique sans stéréotype de sexe, et cela en dit long.
Qu'on s'en assure : le féminisme veut régenter les comportements, instaurer une police du langage, des gestes, des images.
C'est assez effrayant.