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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

La Stochocratie, Roger de Sizif

Publié le 23 Septembre 2012 par N. Brunel in Lectures

 

Editions Les Belles Lettres, 138 pages

Thème : tirage au sort

 

Stochocratie, du grec « stokhastikos » signifiant « aléatoire » auquel est rajouté le « kratein » signifiant « diriger ». Dans ce livre portant simplement le nom du régime politique qu'il propose, Roger de Sizif passe des défaillances de la démocratie élective aux atouts du tirage au sort.

 

Si de multiples problèmes de notre régime politique actuel sont identifiés avec acuité, comme l’homogénéité de la classe politique ou la faible prise en compte des désirs populaires par les élites par absence de crainte des masses ou même méconnaissance de leur vie, la première partie du livre se concentre peut-être exagérément sur un coupable présenté comme quasiment unique : le parti.

 

Vu comme un héritier des organisations claniques, le parti est présenté comme un pourvoyeur de légitimité et de doctrine « précuite ». En portant ses candidats à la tête de circonscriptions dont les électeurs sont quasiment sa propriété, le parti oblige ses élus à un renvoi d'ascenseur et à une discipline permanente. Finalement, les élus ont objectivement moins d'intérêt à se préoccuper des électeurs et du pays que de leur carrière.

 

A cela, comme à tout un ensemble de problèmes liés à la domination des partis, le propos offre une solution simple et efficace : le tirage au sort à tous les postes politiques. Si la proposition formulée par l'auteur de mettre en place ce tirage au sort pour les postes auxquels l'officiant est seul (Président de la République, Maire, …) peut sembler risquée voire dangereuse, la loi des grands nombre permet de l'envisager sans risque pour les assemblées. La stochocratie implique, comme c'était le cas pour le système électif, de répondre à quantité de questions techniques : conditions d'éligibilité, méthode du tirage au sort, représentativité d'un échantillon, conditions d'exercice des responsabilités, ...

 

Si les atouts de ce régime par rapport à notre système politique actuel sont nombreux, il est cependant dommage qu'il ne soit pas fait aussi place à une partie consacrée aux défauts évidents ou potentiels. Le principal atout mis en avant par l'auteur est bien entendu la fin des partis et tout ce qu'elle implique : fin des fraudes électorales et des découpages douteux de circonscriptions, fin de la professionnalisation de la politique et donc de la reproduction des élites, fin de la bipolarisation, réelle liberté individuelle des élus pouvant dès lors voter sur chaque sujet en leur âme et conscience. D'autres atouts sont évidents, comme le fait qu'« aucun responsable politique ne pourra espérer devenir particulièrement puissant et donc qu'ainsi, « le personnel judiciaire peut se sentir beaucoup plus libre d'agir ». Par ailleurs, les tirés au sort étant régulièrement renouvelés et ne faisant évidemment pas l'objet d'un cumul des mandats, une classe politisée et formée de plus en plus large se développera et diffusera l'intérêt pour la res publica dans la société.

 

On restera plus dubitatif devant l'idée que les tirages au sort politiques puissent être davantage spectaculaires que les élections grâce à « la joie de découvrir en la personne du nouvel élu un collègue, un voisin, un parent, soi-même peut-être ! ». De même, l'argument selon lequel ce système échapperait aux contestations connues par les élections car « personne en France n'a jamais contesté l'attribution des gains du Loto » paraît de faible portée.

 

D'ailleurs, conscient que la légitimité de ce régime est loin d'aller de soi, l'auteur tente de répondre à certaines objections couramment apportées. Il sait que les chances de voir ce régime prendre place progressivement sont faibles et avoue lui-même ne pouvoir compter que sur un élan populaire.

 

A la fin de ce livre, comme dans d'autres portant sur la stochocratie ou clérocratie, ou quel que soit le nom de régime utilisé pour mettre en avant le tirage au sort, le lecteur pense sortir du monde de l'utopie mais n'entrevoit pas les moyens de mettre cette imagination au pouvoir.

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