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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

La fuite des riches et le patriotisme des pleureuses

Publié le 22 Décembre 2012 par G. Eturo in Politique

Ainsi, à la manière des émigrés de la Grand Révolution, nombreux sont les privilégiés de notre temps à choisir de larguer les amarres et d’abandonner la patrie à son sort. Notez que ceux d’hier avaient au moins l’honnêteté, pour bon nombre d’entre eux, de revendiquer sans fioriture leur supériorité sociale et leur attachement premier à une société hiérarchisée par la naissance, système qui garantissait le maintien de cette supériorité. Tandis que nos privilégiés d’aujourd’hui ont plutôt coutume de maquiller leur rapacité et l’odieuse arrogance qui l’accompagne derrière le mythe commode de la réussite individuelle, tout en convoquant la vision supérieure d’une citoyenneté mondiale. Il faut avoir intégré jusqu’à la moelle la ringardisation des frontières et son corollaire, l’acceptation mi-enthousiaste, mi-résignée, du capitalisme mondialisé, pour ne pas s’apercevoir que la citoyenneté mondiale est un concept des plus ineptes et parfaitement louche. Il est en effet dérisoire d’imaginer une citoyenneté déconnectée d’une appartenance à un corps politique souverain. Cette citoyenneté européenne et/ou mondiale est un enfumage permanent, l’entourloupe démagogique d’une oligarchie qui ne se reconnaît plus d’obligations sociales envers la communauté politique dont elle est issue. Bientôt, nous serons tenus de remercier les riches de nous ouvrir l’esprit…

 

Mais plutôt que de mettre en cause des personnes (je ne vous parlerai pas de Gérard Depardieu), je voudrais surtout suggérer combien l’indignation médiatique prête elle-même à l’indignation. Voilà donc nos têtes parlantes convoquer à l’unisson un patriotisme que, soudainement, elles remettent à la mode. Cela n’est pas pour me déplaire mais il me faut avouer que cet appel au patriotisme comme rempart moral aux tentations des fuyards a quelque chose de ridicule quand, à longueur de journée, années après années, le discours dominant a exalté la réussite individuelle, le retrait de la puissance publique ainsi que la mobilité internationale des personnes et des flux. On ne peut pas accepter l’accumulation illimitée des richesses, la mobilité des capitaux, des personnes et des marchandises, et en même temps s’indigner de voir partir à l’étranger une partie des ultra-riches. Il s’agit là d’un patriotisme de pleureuses qui hurlent d’autant plus fort qu’elles ne veulent pas voir ni reconnaître les conséquences de leurs inconséquences. Ce sursaut patriotique n’est ni moins lamentable, ni plus efficace que celui qui en appellerait aux vertus pacifiques au matin d’un conflit armé après avoir inlassablement œuvré la veille pour les causes de cette guerre.

 

L’indignation patriotique ne replacera jamais la mise en place d’une politique patriotique au service de l’intérêt général. Là où la première constitue un appel désespéré et vain à la vertu, la seconde met en place les jalons d’un destin commun qui ne peut se concevoir sans la mise en place de limites et de contraintes. Cela vaut naturellement pour les échanges commerciaux et financiers internationaux (restrictions à la mobilité des capitaux, restrictions à la mobilité des marchandises). Mais cela est aussi indispensable au sein même de la collectivité nationale, en limitant les écarts de rémunération entre les riches et les pauvres par le truchement d’une loi sur le salaire maximum ou quelque équivalent. Nul doute que les ultra riches hurleront au racisme anti-riches ou s’indigneront à la manière de l’invraisemblable patronne du MEDEF, mais je tiens d’emblée à dire qu’ils feraient fausse route. Ce n’est pas après leur personne que j’en ai, mais après leur argent. Je considère même que la diminution des richesses privées extravagantes est dans leur intérêt, si l’on veut bien m’accorder que l’extrême richesse est de nature à corrompre le lien social et à compromettre la cohésion nationale, comme le démontre l’attitude de ces individus, capitalistes ou vedettes, qui ont encore la chance de ne point être passé par Varennes. Pour le dire aussi sincèrement que possible, j’aurais voulu que la lutte contre la grande richesse fût aussi évidente sous nos cieux et en notre lieu que le scandale de la misère.

 

On ne le répètera jamais assez, l’argent ne fait pas spontanément bon ménage avec la démocratie, régime politique qui suppose une collectivité de citoyens reliés les uns aux autres, égaux en droits mais aussi, relativement, sur le plan des conditions économiques et sociales. Qu’il faille des niveaux de richesses financières et patrimoniales différents, qu’il existe des gens plus aisés que d’autres, il n’y a là rien de scandaleux et cela est à bien des égards juste et nécessaire. Mais les ghettos, qu’ils rassemblent des nationaux riches ou pauvres sur le territoire national ou à l’étranger, devraient toujours être considérés comme une menace pour toute démocratie nationale soucieuse de sa vitalité et de sa pérennité.

 

Il est donc tout à fait clair que je ne m’associerai aux désormais si nombreux défenseurs de la nation que lorsque le patriotisme sera redevenu ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, à savoir le souci partagé d’un monde commun, et qu’il inspirera une politique digne de s’en réclamer.

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raimane 22/12/2012 16:28


Publié en 1576, Le Discours de la servitude volontaire est l'oeuvre d'un jeune auteur de dix-huit ans.
Ce texte (ô combien actuel !) analyse les rapports maître-esclave qui régissent le monde et reposent
sur la peur, la complaisance, la flagornerie et l'humiliation de soi-même. Leçon politique mais aussi
leçon éthique et morale, La Boétie nous invite à la révolte contre toute oppression, toute exploitation,
toute corruption, bref contre l'armature même du pouvoir.

http://www.1001nuits.com/auteur/1001-nuits-auteur-000000009633-Etienne-La-Boetie-de-Discours-de-la-servitude-volontaire-hachette.html


http://www.desobeissancecivile.org/servitude.pdf