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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

La France doit raviver ses Lumières

Publié le 4 Juillet 2010 par N. Brunel in Politique

 

Les temps qui viennent semblent devoir nous ensevelir. Le pays connaît des enjeux internes (cohésion sociétale, solidarité sociale, compétitivité économique, chômage, modèle de production industrielle et de production agricole, …) et externes (approvisionnement en ressources, puissance économique et militaire, capacité à négocier, …) qu'il paraît d'autant moins capable de relever que ses partenaires sont puissants et modérément coopératifs (Russie, Chine, Inde, Brésil mais aussi Etats-Unis, Allemagne, Royaume-Uni) et que ses élites sont moins intéressées par les affaires de l'Etat que par celles qu'ils peuvent faire grâce à lui.

 

Dans cette situation, les mobilisations d'intellectuels ou de manifestants sont comme autant de barouds d'honneurs, dont l'effet est comparable à des bulles médiatiques qui se dégonflent le temps d'un pas de danse par des dirigeants qui font semblant d'acquiescer. Rien ici n'est durable, il faudrait un programme pour orienter les mécontentements vers un projet commun.

 

Ce sombre labyrinthe est aussi encombré par la démarche de notre pays face à l'interdépendance et à la course mondiale : il faudrait, paraît-il, s'adapter en suivant les autres, ceux qui réussissent, autrement dit les Etats-Unis ou la Chine. Quand les lumières sont éteintes, la seule solution pour sortir du couloir serait donc de suivre, comme des moutons de panurge, le peloton de tête. Or ce peloton de tête suit des principes qui sont à la fois inadaptés aux aspirations traditionnelles des pays comme la France mais en plus néfastes au niveau et à la qualité de vie de la majorité de la population.

 

La pratique qui vise à copier les Etats-Unis n'a pas apporté les effets escomptés : un faux libéralisme économique qui choque l'esprit des Français,  un chômage toujours important, une économie de puissance moyenne qui perd son industrie, le recul des services publics et toujours autant de personnes qui dorment dans la rue. La recette a sûrement été mal appliquée, mais le plat lui-même s'avère indigeste.

 

Celle qui viserait à faire la course avec la Chine serait pire encore. Ce pays mêle un nationalisme du XIXème siècle, une soif de revanche sur les temps passés (face aux puissances européennes et surtout face au Japon), une économie partagée entre capitalisme d'Etat et capitalisme libéral sans réelle protection du travailleur, un vol de technologies institutionnalisé, et surtout l'absence d'hésitation à faire respecter par la violence les décisions de la dictature au pouvoir. Pour tenir la course, il faudrait perdre son âme. Certains d'ailleurs ne s'y sont pas trompés : la plupart des dictateurs du monde profitent de l'image de la Chine pour souligner les faiblesses de la démocratie. La Chine devient un modèle de dictature qui marche.

 

C'est pourtant la pari inverse que nous devons tenir : dans l'obscurité des couloirs de l'Histoire, nous ne devons pas suivre pas le peloton de tête qui risque de se prendre un mur, il nous faut rallumer une torche. Nous devons poser nos propres principes, que nous suivrons scrupuleusement, et nous laisserons à ceux-ci la possibilité de s'épanouir chez nous, et le cas échéant de convaincre les autres par la vertu de l'exemplarité.

 

Attention, il ne s'agit pas ici de faire de la fausse vertu, d'allumer des lumières en toc. Le plus bel exemple de lumière en toc est probablement le politiquement correct, où la finalité de la vertu politique est remplacée par le moyen : il s'agit alors de bannir des mots, de taire de opinions, de compter des pourcentages à la télévision, de créer des catégories racistes pour lutter contre le racisme, ou de faire des réunions de concertation sur tel ou tel sujet social pour ensuite dire qu'on entend mais qu'on écoute pas. La démarche est tout au contraire de s'assurer que le pays est organisé autour de principes à la fois chers au cœur des habitants et opératoires face à l'obscurité ambiante.

 

Ces époques où il est nécessaire d'aller chercher en soi les principes premiers auxquels on adhère, de les proclamer devant tous quoi qu'en pensent les autres, et de les doter de moyens d'application adaptés aux temps présents, tous les pays en ont connus et souvent plusieurs fois. En France, si cela s'est déjà passé sous la période monarchique, c'est surtout  le mot de République qui lui sert de bannière. Et pour cause, c'est sous la Révolution et lors des épisodes républicains qui font appels à elle que nous avons sorti nos principes premiers, certes dans la violence, car il est dur de fouiller en soi et de faire face aux multiples forces adverses.

 

Les vertus de base de l'esprit républicain sont encore et toujours Liberté, Egalité, Fraternité. Il s'agit de s'assurer que cela redevienne non un discours creux arboré de lumières en toc, mais des thèmes opératoires, des vertus sur lesquelles juger nos hommes politiques, par lesquelles mener notre programme, et au travers desquelles la France sera reconnue. Car le pays n'a besoin ni d'être le plus puissant, ni d'être le plus riche pour protéger le mode de vie de ses citoyens. La France n'a jamais eu un PIB aussi important qu'au cours de cette décennie et sa sécurité vitale ne semble pas en jeu. Partout pourtant on entend que la liberté est contrainte, que l'égalité s'effrite, que la fraternité est un vain mot, que la démocratie est en régression, que l'effort ne paie pas, que l'avenir est plus sombre que le passé. Et malgré sa relative puissance diplomatique et militaire, la France se comporte entre gesticulation et déclassement sur la scène internationale, incapable de protéger ses valeurs et les principaux compromis internes sur lesquels elle s'est bâtie.

 

Par contre, lors de la Révolution française, elle a fait jaillir un souffle nouveau et imprévu qui a finalement convaincu le reste du monde alors que celui-ci était dans la course à la puissance. Aujourd'hui aussi, par des voies nouvelles et surtout moins violentes, faisons jaillir notre vision de la vie bonne et laissons les autres se perdre provisoirement dans leurs courses mortifères. Pour commencer nos travaux herculéens en direction d'une société de liberté, d'égalité et fraternité, commençons donc par nous attaquer aux vrais problèmes concrets de la société française : une démocratie inachevée, une justice entravée, une intégration à reprendre, un environnement déréglé, une économie qui ne donne aucun horizon et une diplomatie sans cap. Chers concitoyens, nous avons du pain sur la planche .

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