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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

La droite libérale et la nation : une imposture doublée d'un piège

Publié le 15 Novembre 2009 par G. Eturo in Politique


Il n’aura échappé à personne que le thème de l’identité nationale est aujourd’hui porté au débat public, non sans quelque autoritarisme d’ailleurs, par une droite dont la marque historique est d’avoir évacué la nation avec l’eau du nationalisme, en écrasant le gaullisme à coup de libéralisme forcené. Alors que depuis vingt ans, la droite gouvernementale française ringardise la nation en tant que « communauté imaginaire, limitée et souveraine » (Benedict Anderson) au profit du « processus communautaire » et de la « mondialisation heureuse », là voilà qui entonne, tout droit sortie du chapeau sarkozyste, la rengaine de la nation. Il eut été plus cohérent pour elle, sans doute, mais moins populaire, c’est certain, de continuer à pérorer sur une mondialisation qui reste, quoi qu’on en dise, son horizon idéologique indépassable : il n’est qu’à voir la politique fiscale du gouvernement, inspirée du dogme de l’attractivité et orientée vers l’instauration de nouveaux privilèges (le bouclier fiscal par exemple), pour s’en persuader.  

 

On entend et on lit souvent, et à juste titre, que le « débat » sur l’identité nationale constitue une opération de communication destinée à redorer le blason du pouvoir présidentiel. C’est que Nicolas Sarkozy, dans sa pratique politique, ne peut qu’avoir déçu les électeurs qui l’avaient choisi parce qu’il prêtait enfin, croyait-on, une oreille attentive à des préoccupations portées par le seul Front National. Il s’agit donc bien, pour le pouvoir présidentiel, de corriger le tir par une campagne de communication bien ficelée.

 

Cependant l’objectif est aussi de prendre au piège une opposition qui a toutes les chances de mordre à l’hameçon. Pendant des années, la gauche a déserté les bancs de l’idée nationale. Il s’agissait d’une idée jugée nauséabonde et, parce qu’elle renvoyait aux pires turpitudes de notre Histoire récente, on préféra le déni au débat. Le risque est grand, aujourd’hui, que ce vieux réflexe réapparaisse, laissant ainsi Nicolas Sarkozy retrouver le peuple (si cela est encore possible) que la gauche gouvernementale a largement perdu (pour avoir assimilé tous les électeurs du Front National à des fascistes).

 

En se contentant d’accuser le gouvernement de relents vichystes voire fascistes, l’opposition ne ferait que couronner de réussite la propagande sarkozyste. Car une fois rappelée cette idée fondamentale qu’il ne saurait y avoir, dans un régime de libertés, de conception essentialiste de l’identité nationale, il reste beaucoup à dire sur la nation (par exemple, le sens de la continuité historique, sa fonction intégratrice tant sur le plan culturel que social).

 

On pourra craindre tout ce qu’on voudra, en évoquant les épisodes historiques marqués par ce questionnement sur « l’identité », la droite qui impose ce débat est vouée à un hyper-capitalisme dont les conditions d’existence et d’expansion sont la mobilité, le déracinement et la libéralité des moeurs. Pour cette raison, nous n’avons pas affaire, semble-t-il, à une droite unie dans la nostalgie de Vichy, ce qui n’empêche pas les « clichés », mais à une opération politique devenue trop classique, consistant à contourner le conformisme idéologique d’une pratique politique par un discours aux antipodes de cette réalité. Bref, la droite qui n’en finit pas d’être moderne sait aussi, mieux que la gauche, que le modernisme passe mieux avec un zeste de discours conservateur (ici, la défense d’une singularité nationale). En réalité, bien sûr, tout le monde devrait savoir que le vieux conservatisme se fait rare dans les gouvernements : comme le soulignait Philippe Muray, la politique contemporaine se résume fréquemment à l’affrontement de « modernes contre (d’autres) modernes ».

 

Le bon argument n’est donc pas d’assimiler le « sarkozysme » à Vichy et sa « Révolution nationale », mais de souligner que le « sarkozysme » est une démagogie consistant à faire semblant d’être attentif aux préoccupations populaires (ici, l’attachement protéiforme à l’idée de nation) pour, finalement, mieux accompagner la déterritorialisation forcenée des pouvoirs économiques et financiers, et renforcer les tendances oligarchiques des démocraties occidentales.

 

Le voile étant levé, reste qu’il serait dommageable d’oublier que la nation a longtemps été une valeur de gauche (jusqu’à l’affaire Dreyfus), et que l’assimiler aux seules horreurs nationalistes et racistes du 20ème siècle serait faire l’impasse sur cette évidence : que le progrès social est indissociable d’une identité fédératrice, et qu’il n’est pas de projet à la fois dissonant et mobilisateur sans une « certaine idée de la France ». Et d’une telle idée, Nicolas Sarkozy en est manifestement dépourvu, lui dont la fameuse rupture consiste, en réalité, en une authentique politique d’alignement. Par rapport à ce débat imposé sur l’identité nationale, l’on ne saurait trop insister, donc, sur une réponse à double détente : dénoncer l’imposture sarkozyste, et revenir à un patriotisme de progrès proche de celui du Conseil National de la Résistance (CNR).

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Albert 16/11/2009 16:17


Encore une fois, bravo, M.A.! Mais les "mysti(ques)fications" ont la vie dure!

A cet égard, j'en signalerai une de plus(de mystification):celle qui consiste à mettre toutes les nations devant le même poteau d'exécution en se référant au XXème siècle.Faut pas pousser! En quoi
la Pologne ou la Tchécoslovaquie, par exemple, ont-elles fauté?
En ce qui concerne France et Allemagne, est-il équitable de les mettre dans le même sac concernant la "guerre de 1914-1945"?(car c'est bien de cela qu'il s'est agi).Réconcilier, oui! Mais pas
falsifier l'Histoire (même "pour la bonne cause").