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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

L'Europe surmontera-t-elle ses contradictions ?

Publié le 1 Mai 2010 par G. Eturo in Europe et monde

 

La construction européenne se trouve aujourd’hui dans une situation critique.

 

Dans les années 1990, lorsque j’étais tout jeune et que se forgeait ma conscience politique, je me souviens que le débat opposait ceux qui, dans la continuité des pères fondateurs, pensaient que l’Union politique découlerait d’une union économique sans cesse plus étroite, à ceux qui, au contraire, arguaient qu’il fallait d’abord définir un projet politique d’union avant d’abandonner aveuglément les moyens économiques de la souveraineté des Etats. Lorsque j’y réfléchis aujourd’hui, et même si la seconde option me plaît spontanément davantage, je me dis que les deux options se tenaient. De fait, c’est la première que les chefs d’Etat et de gouvernement ont retenu, pariant sur l’effet d’engrenage supposé du marché unique et de l’euro naissant, sur le modèle de la Zollverein allemande du 19ème siècle.

 

Ayant opté pour cette stratégie, la faute politique des gouvernants fut d’avoir entériné l’élargissement de l’Union sous prétexte de nécessité historique (la famille européenne divisée, les malheurs de l’Europe de l’Est depuis leur « libération » par l’Union soviétique), introduisant ainsi une incohérence majeure dans leur propre stratégie. Car de deux choses l’une : soit le projet européen était clairement défini dans sa finalité et stabilisé dans ses institutions, et alors l’accroissement de l’Union semblait possible sans en compromette l’existence ; soit la situation n’était pas assez mûre pour une telle définition et, dans ce cas, on ne pouvait souffrir d’élargir l’Union sans entraîner un risque majeur de blocage et de dilution. En effet, tant que l’Union comptait un nombre raisonnable de membres, l’ambiguïté originelle encouragée par la méthode des « petits pas » pouvait subsister sans empêcher la poursuite de la construction européenne. Dans une Union à vingt-sept Etats, les initiatives diplomatiques, quand il y en a, donnent moins de résultat et les équilibres se fixent sur le plus petit dénominateur commun.

 

Nous ne finissons pas de payer aujourd’hui les conséquences de cette contradiction. Car il est bien clair que l’opinion commune, dans les années 1990, s’accordait sur la fragilité d’une union monétaire qui ne serait pas coiffée d’une union politique. Déjà, les économistes avaient mis en évidence qu’à l’exception de l’Europe des six, la zone euro ne réunissait pas les conditions d’une zone monétaire optimale. De plus, les Etats se trouvaient dans une situation où ils abandonneraient leurs politiques conjoncturelles sans pour autant bénéficié, en cas de crise, d’un policy mix européen efficace. En effet, les statuts de la BCE épousaient ceux de la Buba allemande, conférant à la politique monétaire un rôle unique de lutte contre l’inflation, tandis que l’Eurogroup était privé de budget « fédéral ». A long terme, cette tension originelle risquait de conduire à la mort de l’Euro. Ce scénario est aujourd’hui presque accompli dans le contexte où la soutenabilité de la dette grecque est mise en cause, et où l’on voit bien que l’aide de l’Union, honteusement couplée avec celle du FMI, ne fait que repousser le moment d’une désarticulation généralisée.

 

La voie des « petits pas » n’étant plus possible, la seule solution pour l’Union de s’en sortir la tête haute est de rendre raison aux personnes qui, dans les années 1990, soulignaient que seules étaient viables une Union axée sur l’acquis communautaire pré-Maastricht associée à des projets intergouvernementaux ambitieux à l’instar d’Ariane et d’Airbus, ou bien une Union plus étroite, d’inspiration fédérale et nécessairement originale, mais dotée de moyens d’actions conséquents. Nous voilà donc à la croisée des chemins. En l’absence de projet européen digne de ce nom, porté par des hommes politiques visionnaires, on voit mal comment l’Euro pourra survivre, et avec lui l’ambition initiale d’une union « sans cesse plus étroite ». Pour les raisons évoquées plus haut – à savoir la difficulté d’être ambitieux dans une Europe à vingt-sept Etats – on voit mal également comment la relance d’une Europe politique pourrait se faire autrement que dans la différenciation, autour d’un noyau dur d’Etats aux dimensions de la zone euro ou des Etats fondateurs. Enfin, nous imaginons mal que cette relance in extremis puisse se faire sans la France et l’Allemagne. Le temps est à l’audace ou au recul. Et nous pouvons d’autant moins nous permettre d’attendre que l’impopularité de l’Union ne se limite pas à sa monnaie, englobant également le marché commun lui-même en raison d’une politique commerciale déraisonnablement libre-échangiste.

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Ouallonsnous ? 02/05/2010 12:15



 Reste à savoir, Mr Aurouet ce que nous entendons lorsque nous employons les mots
"construction européenne" et "projet républicain" ?


Car votre commentaire est trés réducteur en ce sens qu'il s'inscrit dans la suite de l'initiative de ceux, dont nous
verrons plus loin ce qu’ils valent à l’aune de nos principes et de ceux qui régissent l’humanité, qui veulent imposer une construction européenne à leur manière, sans les consulter ou en ignorant
leurs désirs à des peuples qui ont été suffisamment responsables jusqu'à présent pour édifier, côte à côte, une civilisation enviée.


L'Europe existe en tant qu'entité géographique, extrémité occidentale de l'Eurasie depuis la nuit des temps, tout au moins depuis
que les forces tectoniques ont séparés les continents.


En tant qu'entités politiques, depuis l'éclatement de l'Empire romain, qui, les événements historiques se succédant, a donné la
mosaïque d'états nations dont nous faisons partie, et dont la diversité est une des originalités et forces de cette Europe historique, réelle et concrète. Ne parlons donc plus d'exception
française ou autre, il s'agit d'identité nationale, à l'instar de celles des autres pays européens !


L'Europe géopolitique existe donc depuis approximativement 2 millénaires, quand au projet républicain, faîtes vous
référence à Platon, il y a 2500ans, dans de la
République ?                                                                                                
                                                       Car
si nous regardons bien les régimes politiques en Europe, nous trouvons des républiques de plusieurs types, des monarchies de plusieurs types également, des régimes dits "autoritaires", et
d'autres, très peu heureusement, relevant de la "tyrannie" comme le Kosovo, proconsulat américain au coeur de l'Europe, et bientôt la Grèce, si nous européens, laissons faire,
etc....


C’est à partir de ce constat que l’évolution et l’histoire européenne doivent continuer, dont les acteurs soient les peuples
européens, comme il en a été dans l’histoire,  et non à partir de l’impérialisme anglo-américain, rebaptisé « mondialisation » qui en fait
de construction européenne la ferait devenir un territoire de plus du « Commonwealth » anglo-yankees !


La soi-disant « construction européenne » est une imposture de
taille internationale et mondiale, Mr Aurouet comme tout ce qu’on entrepris les gouvernants anglo-américains depuis la fin du 19éme siècle.                                        C’est
cela qu’il faut dénoncer et combattre sans relâche, en n’oubliant pas que les victimes, sont aussi les peuples anglais et américains, au travers de la belligérance continuelle de leurs
gouvernants à l’encontre du reste du monde.


 Ceci pour maintenir « l’american way of life », au profit d’une petite
minorité, et qui coûte à la planète, l’empreinte écologique d’un pays très développés six fois plus peuplé que les actuels USA. Moyennant quoi ce sont les pays en développement qui posent
problèmes d’après la Maison Blanche ! La véritable raison de leurs politiques, aux « anglo-américain », et que le colonialisme étant officiellement révolue, ils ont besoin de
toujours plus de pillages pour que survive leur système et se lancent dans des guerres continuelles, nécessitant toujours plus de moyens prélevés sur toujours plus de territoires soumis, l’Europe
fait partie de leurs calculs  !


 



rodolphe 02/05/2010 09:18



Article qui résume très bien la situation. L' urgence impose l'abandon de la stratégie des petits pas : de deux choses l'une soit les intérêts nationaux l'emportent et l'euro ne sera plus qu'un
souvenir, soit le fédéralisme (autrement dit la "gouvernance économique européenne") apparaît comme la seule bouée de sauvetage et l'intégration au sein de l'eurogroupe cimentera une solidarité
de fait entre les Etats membres.


Mais les structures économiques de la France et de l'Allemagne sont si opposées (consommation intérieure et services pour la première, exportations industrielles pour la seconde) qu'en temps de
crise les intérêts monétaires sont inconciliables.


A mon avis donc, on se dirige vers une redéfinition partielle du mandat de la BCE...



Ouallonsnous ? 01/05/2010 14:31



Monsieur Arouet, vous qui vous dîtes républicain, si l'on en croit, l'intitulé de votre blog, pourquoi parlez vous de construction européenne alors qu'il s'agit d'une "colonisation" des
pays d'Europe par les impérialismes financiers  anglo-américains ?


"La construction européenne se trouve aujourd’hui dans une situation critique."



M. Aurouet 01/05/2010 14:38



Je ne crois pas que la construction européenne soit par essence un projet anti-républicain. Je vous concède cependant que l'Union européenne est un relais de l'idéologie néolibérale et qu'en tant
que telle, il faut la considérer de façon très critique, ce que j'ai fait jusqu'ici dans ce blog. Il reste qu'il me semble possible d'envisager une République européenne, à défaut de penser
qu'elle en prend le chemin. Merci de votre réaction.