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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

Justice, Médias : leur indépendance font notre démocratie

Publié le 4 Juillet 2010 par N. Brunel in Politique

 

Nous l'avons déjà souligné à plusieurs reprises, la crise n'est ni tout à fait nouvelle, ni strictement économique. Quel que soit le niveau de croissance du PIB, la France et la plupart des vieux pays industrialisés européens sont dans un véritable « régime de crise »[1]. Cette languissante dépression dépasse largement les débats économiques et sociaux pour toucher toutes les sphères de la vie[2], en particulier la vie publique. Les dernières affaires médiatisées[3] donnent un exemple de la dépression politique et morale de notre pays et s'inscrivent très bien tant dans celles vécues dans les autres pays d'Europe en ce moment qu'auprès de celles connues en France sous Mitterrand comme sous Chirac. Cette dépression concerne à vrai dire toutes les vieilles démocraties.

 

Notre pays, donc, est dans une lente et permanente dépression dont un des meilleurs thermomètres est la tendance de long terme au renforcement de l'abstention. Celle-ci est le signe d'une lassitude devant l'inefficacité et l'arnaque que semblent représenter les élections et plus généralement toutes les institutions sociales. Il s'agit d'une défiance en particulier envers les piliers de la démocratie : un exécutif omniprésent et impotent, un législatif inactif et dispendieux, une justice sous influence, des médias phagocytés et des corps intermédiaires écartelés entre corporatisme, opposition stérile et réformisme sans ambition ni succès.

 

Que les hommes ou femmes politiques les déçoivent systématiquement, les citoyens ne s'en étonnent plus guère. C'est regrettable car cela dénote une perte d'espoir, une équation profondément intégrée entre politique et arrivisme tous azimuts. Tout le monde s'est fait à l'idée que l'idéaliste se fera tôt ou tard dépasser par celui qui est prêt à user de toutes les ficelles. Mais la nouveauté est qu'à présent, le citoyen sent qu'il ne peut plus non plus faire confiance à la Justice ou aux médias. C'est-à-dire que les arbitres et les observateurs ne sont eux-mêmes absolument pas neutres ou au moins partiellement objectifs. Ils sont traversés par des difficultés structurelles et des luttes internes de pouvoir qui les rendent très poreux aux influences politiques et économiques.

 

Il est difficile de régler rapidement un problème lié aux mœurs, aux comportements, aux valeurs. Et il serait injuste de demander de faire table rase, de démettre tous les magistrats, de boycotter tous les journaux et leurs journalistes. Par contre, et sans croire que cela ait l'efficacité d'un coup de baguette magique, nous pouvons au moins changer les structures et l'organisation en espérant que cela force le mode de fonctionnement à évoluer.

 

Tant pour les médias que pour la justice, c'est le mot « indépendance » qui semble apporter la solution. Et celle-ci n'est ni difficile à institutionnaliser ni chère à mettre en œuvre. En pratique, il s'agirait :

 

1/ pour la magistrature, que les carrières et sanctions ne dépendant absolument d'aucun homme politique ou institution politique et,

 

2/ pour les média, que la moitié des droits de vote dans les conseils d'administration ne dépende pas des actionnaires mais soit allouée de droit aux représentants des journalistes.

 

Exiger des candidats aux élections présidentielles de 2012 de s'engager sur ces deux points serait le meilleur coup de main apporté à la démocratie depuis plusieurs décennies.

Car enfin, que le spectateur n'ait pas une confiance absolue dans l'équipe des joueurs ou que les joueurs d'une équipe n'aient pas confiance dans ceux de l'équipe d'en face, c'est regrettable mais banal. Par contre, que s'installe la défiance envers l'arbitre principal et les arbitres de touche, et il ne restera plus aux spectateurs que deux options : ne plus venir au stade ou devenir le supporter aveugle de son équipe en étant lui aussi prêt à tout pour la soutenir.

 


[1]    Ce régime de crise se retrouve dans les discours, dans l'évolution des salaires, dans le niveau du chômage, dans les budgets de l'Etat et de la Sécurité sociale, …

[2]    Citons sans classement particulier : le moral des individus, le sentiment identitaire, l'école, la morale publique comme celle de chacun dont l'expression est visible dans lieux publics, ...

[3]    Il s'agit en ce début d'été 2010 des affaires Karachi-Agosta et Bettencourt-Woerth.

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