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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

Insupportables paradoxes

Publié le 31 Janvier 2010 par N. Brunel in Politique

 

Certains paradoxes apparents sont insupportables et constituent une violation quotidienne de l’idéal républicain. Quand les travailleurs demandent une augmentation de leur salaire qui ne se limite pas à l'inflation, la réponse incontournable s'appelle "mondialisation" et signifie "non, car vous êtes en concurrence avec le travailleur chinois". Mais quand le travailleur s'étonne du salaire du patron, du dividende de l'actionnaire, ou des autres primes et stock-options, la même réponse incontournable signifie "dans la concurrence mondiale, si on veut attirer les meilleurs, il faut les meilleurs salaires".

 

Plusieurs possibilités à ce paradoxe. La première est l'hypocrisie, ceux qui argumentent et ceux qui se paient sur la bête étant toujours proches, et parfois les mêmes personnes. Deuxième possibilité, cette argumentation n'est que le fidèle reflet des rapports de force intellectuels, politiques, économiques et sociaux. Sur ces quatre plans, les intérêts des travailleurs sont en général en position de faiblesse, ce que le PS illustre très bien, tout comme le courant gaulliste. Troisième possibilité, les capitaux (donc les intérêts des actionnaires) et les managers sont très mobiles (non seulement grâce aux moyens de transport et de communication, mais aussi en raison de faibles attaches collectives et culturelles) alors que les travailleurs non. Autrement dit, payer le travailleur au lance-pierre ne le fera pas partir chez la concurrence, alors qu'il faut vraiment "intéresser" les huiles, les riches et les cerveaux pour qu'ils n'aillent pas voir ailleurs si l'herbe est plus grasse.

 
Les trois explications peuvent être vraies simultanément. Ceci dit, quelles que soient les raisons de ce grand écart choquant, il est nécessaire de souligner qu'il est collectivement destructeur. D'une part il démotive le travailleur, ce qui aura des conséquences sur la productivité et la loyauté, puis finalement sur la compétitivité des entreprises et l'attractivité du territoire. D'autre part il sape la confiance dans toute organisation, dans toute institution, dans toute parole même. Dit crûment, puisqu'on nous prend pour des cons, qu'un même argument peut expliquer qu'on me refuse un peu et qu'on donne beaucoup à celui qui ne manque de rien (le fameux et omniprésent double discours), et puisque aucun homme politique au pouvoir n'a tenté de changer cette situation, pourquoi croirais-je ce qu'on me dit ? Pourquoi même respecterais-je la loi ? D'ailleurs, jusqu'à maintenant, Jean-Marie Messier ou les dirigeants d'EADS ont-ils été punis quand ils l'enfreignaient ? Mais peut-être qu'en matière de Justice aussi, il nous faudrait parler de quelques patents paradoxes...

 

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