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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

Europe : l'urgence de la clarification

Publié le 15 Mai 2010 par G. Eturo in Europe et monde

 

Il est des euro-béats qui se gargarisent des contours sui generis de l’Union européenne. Peu importe que cette Europe ait dépouillé les Etats des attributs de la souveraineté sans en constituer une au niveau continental, nous mettant tous dans une situation aujourd’hui irrespirable et intenable. Il m’est arrivé de fréquenter ces euro-béats, ceux qui organisent des Yes bus dès qu’un nouveau traité nous est concocté, préférant coûte que coûte la fuite en avant à ce qu’ils ne manquent jamais d’assimiler à des « reculs populistes et nationalistes » (rengaine européiste).

 

Je ne suis pas loin de penser qu’à leurs yeux, le plus grand mérite de l’Europe est de neutraliser les démocraties nationales, de les vider de leur substance pour en éviter les imprévus et les soubresauts, l’Union européenne apparaissant comme un processus d’alignement et de normalisation, par le marché et par le droit, une sorte de programme de paix perpétuelle par sortie de l’Histoire. C’est pourquoi là où tout observateur lucide déplorerait l’impuissance d’une machinerie supranationale compliquée et ouverte à tous les vents, l’européiste béat se réjouit d’une Europe sui generis, avec sa démocratie procédurale, sa gouvernance horizontale et polycentrée. C’est pour lui une façon de réaliser son ambition sans s’embarrasser des peuples et de leurs caprices. C’est la démocratie enfin débarrassée de la souveraineté, nationale et populaire.

 

Il ne faut pas interpréter autrement leur acharnement intégrationniste, arguant tantôt qu’il ne faut pas consulter les peuples (trop enclins à confondre enjeux nationaux et européens), tantôt qu’ils ne faut pas tenir compte de leur avis (vous avez le droit de dire non mais on s’en fout). Les euro-béats ont un européisme si chevillé au corps qu’ils pensent pouvoir construire l’Europe ou sans les peuples, ou contre les peuples. C’est le signe évident qu’au dessus de la démocratie, il y a l’Europe. L’Europe, l’Europe, l’Europe ! Le Général ne croyait pas si bien dire. Légitimité transcendantale, ontologique d’une idée qu’aucun mouvement terrestre ne saurait remettre en cause.

 

Cette façon de procéder est tout simplement inique. Si Europe il doit y avoir, il faut qu’elle soit voulue par les peuples. Et si ce n’est pas le cas, si nos peuples préfèrent le cadre national, on peut le regretter mais certainement pas persévérer sous le prétexte que l’Europe est une construction patiente, dont chaque refus constituerait un blocage à  dépasser. Au nom de quoi, d’ailleurs, faudrait-il les dépasser ? Au nom d’une vague « union sans cesse plus étroite » ? La construction européenne, dont on nous dit qu’elle ne peut se faire que pas à pas, n’a même pas de finalité. Or il n’y a que deux voies possibles : l’Europe fédérale ou l’Europe des nations. Ce sont les seules à garantir à l’Europe un cadre à la fois démocratique et efficace (l’Europe hybride d’aujourd’hui étant la pire des situations, puisque c’est une Europe à la fois impuissante et peu démocratique).

 

Pour sortir l’Europe de l’ornière où elle se trouve, il faut trancher. Pour cela, il faut demander aux peuples, sur l’initiative des gouvernements qui le souhaitent, s’ils sont d’accord pour ouvrir des négociations relatives à un projet d’union politique (l’Union fédérale des Etats-nations d’Europe, U.F.E.N.E.) débouchant sur un projet de Constitution. Cette Constitution devra être soumise à l’approbation populaire. Il va sans dire qu’il s’agit de bâtir une Fédération républicaine, il faut être clair sur ce point, avec édification d’une souveraineté européenne. Ceux des peuples qui l’accepteront, s’ils s’en trouvent, entreront donc dans la nouvelle Union. Les autres resteront dans une Union Européenne dans laquelle ils négocieront librement ce qu’ils gardent et ce qu’ils laissent de l’acquis communautaire. Si ce projet politique ne voit pas le jour, faute de soutien populaire, la solution serait sans doute de revenir à l’Europe des années 1980, sans l’Euro et la déréglementation financière à tout crin. Je ne crois pas, en effet, aux vertus d’une union monétaire qui ne serait pas coiffée d’une union politique. L’actualité récente en fournit d’ailleurs la preuve exemplaire. Je conclurai en disant que rien, absolument rien n’empêcherait un tel referendum de se reproduire dix ou vingt ans plus tard. De plus, même en l’absence de processus intégrationniste permanent, rien ne ferait obstacle à ce que les Européens mènent ensemble une collaboration fructueuse, sur le modèle de ce que l’on peut appeler « l’Europe des projets ».

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Albert 14/12/2010 21:20



Bonjour


Je découvre avec intérêt cet article de mai 2010, toujours tout à fait d'actualité.


J'y souscrirais assez,avec une ou deux observations toutefois:


1°) L'Etat fédéral que vous envisagez (Féd. de nations) est tout à fait exclu par les européistes de Bruxelles (et d'ailleurs). Leur dessein n'est plus ambigu: il vise clairement la
suppression des anciennes nations, sans -comme vous l'avez bien compris- en créer une nouvelle. Même leur "européisme" est une imposture: ce sont des
"mondialistes".


2°) Je crains qu'il soit un peu tard pour donner notre avis.Comme vous dites fort bien: ils s'en foutent. Même dire Non en 2005 était -il faut bien le constater-devenu vain.


Je crois que nous n'avons plus aucun choix en fait. Le système nous conduit à l'abîme, avec complicité (implicite) de tout le monde.


Cordialement



M. Aurouet 14/12/2010 21:33


Bonjour, Je souscris pleinement à vos deux observations. L'Europe fut un rêve, pour moi, qui se transforme en cauchemar chaque jour un peu plus. Le malaise ne date pas d'hier : j'ai toujours été
européen, je n'ai jamais été européiste. Il faudrait une force politique capable de suffisamment de courage pour rompre, et de suffisamment d'audace pour créer. Mais qui ?