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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

Considérations sur les prochaines élections européennes

Publié le 21 Janvier 2014 par G. Eturo in Europe et monde

Dans de nombreux pays européens, la contestation de l'Union européenne ne cesse de grandir. En France singulièrement : il suffit pour s'en convaincre, d'en discuter avec des voisins ou d'écouter les propos échangés sur les marchés. Un gigantesque ras-le-bol est en train de s'emparer du pays, et la tentation de dire merde à l'ordre communautaire gagne toujours plus de gens. Des gens, notez-bien, qui n'auraient pas manifesté, il y a encore une décennie, le même empressement à tout vouloir balayer d'un revers de la main.

 

Avec la campagne européenne qui marquera cette année 2014, on assistera bien évidemment à l'arrogance des partis de gouvernement qui ne manqueront pas de rabâcher le fumeux discours de la nécessité : la poursuite ou le chaos, la fuite en avant ou le grand bon en arrière, nous connaissons par coeur leur piégeuse dialectique. Et vos enfants ? Avez-vous seulement pensé à vos enfants ? Car l'Union européenne, c'est la paix... Nous entreyoyons tout cela et nous en sommes d'avance étourdis. La nausée guette, et les hauts-le-coeur se feront d'autant plus fréquents que la menace populiste se fera grandissante. J'ai déjà pu l'écrire, mais je ne vais pas me priver de le répéter, car c'est là me semble-t-il un trait remarquable de l'époque sous les cieux du Septentrion : il existe un lien direct entre le conservatisme de mouvement des partis de gouvernement et la montée en puissance de la contestation populaire. De sorte que le Parti Socialiste, en France, est peuplé de gens qui ignorent qu'ils sont les militants quotidiens du Front National (idem pour l'UMP, c'est un Janus qui ne manque pas de sel). Sa meilleure chance de succès à toutes les élections futures.

 

Car pour lutter efficacement contre ce parti, encore faut-il prendre acte de la volonté de rupture, et ne pas sombrer dans un déni de réel qui est la marque des idéologues et des imbéciles, ce que sont en réalité les dirigeants du PS et de l'UMP dans l'exacte mesure où ils cultivent la défense acharnée d'un système politique de plus en plus indéfendable. Ce que le bon sens populaire a fort bien perçu - le caractère de plus en plus indéfendable de l'Union européenne du fait, tant de ses promesses déçues que de son absence de signification historique profonde plus de 60 ans après la deuxième guerre mondiale - l'élite politico-économique dans sa grande majorité passe complètement à côté. Mais il n'est pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir.

 

Le FN prône la rupture, affirmant que l'Union européenne n'est ni défendable, ni réformable ? Prenons-le au mot, car ce constat est, comme chacun le pressent, très loin d'être saugrenu et minoritaire. Et ce n'est pas la négociation secrète sur le TAFTA qui le démentira. L'Union européenne est comme un bolide lancé à vive allure contre un mur en béton, sans aucun frein pour l'arrêter. La seule question qui reste en suspens est : quand aura lieu le point d'impact ? Ce qui désespère les citoyens et les incite à la plus vive des protestations, c'est qu'on leur fasse la leçon quand ils cherchent à quitter le bolide avant la catastrophe finale, ou même qu'on leur reproche leur simple manque d'enthousiasme.

 

Avis, donc, à toutes celles et ceux qui demeurent attachés à la construction européenne (dont je suis, mais pas au prix de la démocratie - je dis cela pour celles et ceux qui se réjouirent du Traité de Lisbonne après le non français du 29 mai 2005) : plus nous nous contenterons de résister, plus nous militerons indirectement pour le FN. Plus nous condamnerons, plus nous inciterons les citoyens à décocher, à notre endroit, un majeur peu amène. Reconnectons-nous à la réalité. Et plutôt que d'afficher un conservatisme arrogant - sous les auspices d'une prétendue nécessité historique - faisons bouger les lignes, soyons innovants, créatifs et audacieux. Du nouveau, de l'indéterminé, du possible, voilà ce dont veulent tant et tant de gens sur ce continent. Et c'est tant mieux, car on peut parfaitement être européen et vouloir autre chose que ce "lieu vide de souveraineté", cette démocratie amputée qu'est l'Union européenne dans ses contours actuels. On peut inventer un projet politique sans avoir cure de l'acquis communautaire.  On peut privilégier l'ambition au nombre. On peut fixer des conditions, on peut poser un horizon. Bref, on peut vivre autre chose, autrement, si l'on n'est plus freiné par la défense d'un existant de moins en moins défendable, impossible à réformer dans ce grand machin à 28 où le volontarisme se perd dans les sables et où la régression sociale tient lieu de programme économique permanent.


Le temps est venu pour le Vieux Monde de retrouver l'esprit de jeunesse qui fit sa force et sa suprême originalité.

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