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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

Considérations sur la stratégie du vote pour les présidentielles 2012

Publié le 22 Août 2011 par M. Aurouet in Politique

Alors que nous entrons dans la dernière partie du mandat de M. Sarkozy, se profile la problématique coriace de la stratégie électorale que chacun de nous suivra. La première voie consiste, comme il est de coutume de le dire, à « voter utile », c’est-à-dire à porter sa voix dès le premier tour pour l’un des deux partis dits de gouvernement. En l’espèce, cette option conduirait à voter pour le candidat du PS ou de l’UMP dès le premier tour. Autant le dire d’emblée, c’est la voie logique de toutes celles et ceux qui se font une priorité absolue de ne pas voir leur sensibilité politique définitivement hors-jeu. On sait que la présidentialisation du régime constitue une forte incitation pour les partis à présenter leur propre candidat, tant ils sont convaincus, non sans raison, que l’élection présidentielle constitue la matrice de l’existence politique sous la Vème République. Or, ce comportement politique, on le sait, peut aboutir à des surprises qui n’excluent pas l’élimination d’un grand parti de gouvernement dès le premier tour. Cela pourrait ne pas être bien gênant si le second tour ne ressemblait pas à une partie jouée d’avance consistant à « sauver la République » face à un candidat jugé démagogique, tendance extrême droite ou extrême gauche. A n’en pas douter, la force de la stratégie du vote utile est de rappeler aux « puristes » que la recherche de la plus grande adéquation possible avec leurs convictions est susceptible de déboucher sur le résultat inverse, à savoir le triomphe assuré au second tour du candidat qu’ils combattent idéologiquement. A notre sens, le précédent du 21 avril 2002 devrait ainsi pousser de nombreux électeurs anti-sarkozystes à faire ce choix du vote utile.

 

Pour autant, sans méconnaître la rationalité de cette stratégie, cette dernière a quelque chose de profondément gênant. Car à organiser le vote sur son fondement, on donne de facto le monopole de l’alternance politique à deux partis ainsi chargés du gouvernement de la France. Or, si l’on imagine difficilement une démocratie représentative sans parti politique, rien ne confère et, serait-on tenté de formuler, rien ne devrait conférer un droit permanent à exercer le pouvoir dans un régime politique qui se réclame du pluralisme des idées. Sur le plan théorique, c’est une absurdité du point de vue de la démocratie. Car même en considérant que toutes les démocraties modernes vivent au rythme du clivage droite-gauche, bien malin serait celui qui prétendrait que le PS et l’UMP jouirait d’une légitimité ontologique à incarner la droite et la gauche. Quant aux conséquences pratiques du vote utile, il est évident qu’il encourage la sclérose des idées comme la rente de situation monopolistique ne favorise guère l’innovation en économie. La lutte des idées finit même par devenir secondaire pour céder la place, comme on le voit dans les deux grands partis de gouvernement, aux querelles de personnes qui, à leur tour, sapent l’énergie du parti par corruption radicale de l’esprit de camaraderie.

La stratégie du vote utile est donc une simple logique de reproduction du jeu politique qui l’affaiblit en même temps qu’il le sauve, puisque l’inertie qu’il engendre ne manque jamais de grossir les votes contestataires, votes qui traduisent la trahison de l’alternative sous le faste de l’alternance.

 

Alors que faire lorsque l’on souhaite une politique de rupture et que l’on ne se reconnaît pas dans les deux partis dominants ? Pour toutes celles et ceux qui ne peuvent se départir du vote utile, il est vivement recommandé de dévoiler le moins possible leur choix, et de le réserver pour le dernier moment. Ceci afin de rendre service à l’UMP et au PS, qui ont besoin d’avoir peur plutôt que de jouer à ceux qui ont gagné d’avance. C’est une bonne façon, tout en « votant utile », de les pousser à se battre sur le terrain des idées. Quant à celles et ceux qui pensent que ces deux partis sont en retard d’une bataille et qu’il faut bouleverser le jeu politique, deux choix sont possibles selon que l’on reconnaît ou non ses idées dans un autre parti politique. Dans la négative, le vote blanc semble s’imposer, façon honorable d’envoyer paître le jeu politique actuel sans mépriser la démocratie et les institutions républicaines. Dans l’affirmative, il importe d'avoir la meilleure connaissance possible du parti en question. A l’heure où triomphent les mass media, le risque est toujours grand, au sortir d’un débat télévisé, de se dire d’accord ou pas d’accord avec telle personnalité, de faire ainsi son choix sans avoir du parti en question une autre connaissance que l’image médiatique qu’il veut se donner. Or, si le rejet du vote utile est parfaitement légitime, il convient de ne pas remettre la République entre n’importe quelles mains. Bref, dans un cas comme dans l’autre, aujourd’hui comme hier, s’impose le fait de savoir autant qu’il est possible pour qui l’on vote. C’est là une exigence républicaine incontournable car reconnaissons que le vote sanction sans véritable adhésion nourrit aussi à sa manière la sclérose du jeu politique.

 

Cette haute exigence républicaine, pour autant bien sûr qu’on soit attaché à la République, nous permet d’achever ce propos par une dernière remarque. Il est faux de dire que si l’un des partis de gouvernement est éliminé au premier tour, la faute en reviendrait aux électeurs qui auraient joué avec le feu. Il nous semble bien plus vrai d’affirmer que si le parti en question est éliminé, c’est qu’il a échoué dans son ambition de rassemblement et qu’il subit en conséquence le désaveu qu’il mérite. Au demeurant, accuser l’électeur en dit long sur le présupposé qui juge première la légitimité d’un parti et secondaire celle du choix populaire. De même qu’on n’est jamais sûr d’incarner la responsabilité et l’audace, qui sont les meilleures vertus républicaines, on n’est jamais certain que les autres, que l’on rend responsables de ses propres échecs, sont les zélés serviteurs de la démagogie, vice principal de la démocratie à côté de la corruption oligarchique.

 

Alors, à vous qui vous prendrez la tête ces temps à venir entre un vote de prudence du soir et un vote de conviction le matin, je vous salue et lève bien haut mon verre à la démocratie.

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Gilbert Walter 25/08/2011 19:26



Le choix qui est offert aux électeurs est trés succinct.D'un coté l'umps et de l'autre le fn et le front de gauche.L'ump et le ps incarnent les mémes politiques ccar ces deux partis adhérent à la
méme idéologie.Celle des traités européens.Pas besoin d'étre un économiste pour se rendre compte que la machinerie de ces traités européens nous méne droit dans le mur;Donc, mon choix est fait,
pas de vote pour l'umps, pas de vote pour le fn,je voterai pour Mélenchon au 1er et second tour.



M. Aurouet 25/08/2011 19:42


Cher Gilbert Walter j'aboutis à la même conclusion politique que vous. Les clivages recoupent de moins en moins les deux partis dominants, en particulier sur le terrain économique. Le Front de
gauche représente une issue logique à vos constats. J'en déduis donc que vous ne voterez pas "utile", convaincu que le vote utile est inutile.. Salutations