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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

Considérations sur les deux guerres mondiales et la lecture contemporaine des événements

Publié le 10 Novembre 2012 par G. Eturo in Europe et monde

D'années en années, nous assitons à l'installation d'un discours politique qui assimile pleinement la première moitié du XXème siècle à un suicide européen dont le nationalisme et le racisme seraient directement à l'origine. La construction européenne aidant, toutes les cérémonies liées aux deux guerres mondiales tendent en effet à globaliser la barbarie passée pour mieux assoir le pacifisme d'aujourd'hui.

 

Sans nier la présence forte d'une dimension collective au demeurant pleinement partinente d'un point de vue géopolitique avec le déclassement brutal et radical des nations européennes entre 1914 et 1945, ni l'horreur absolue que vécurent nombre de contemporains de ces deux guerres, il me faut avouer que je demeure attaché à une grille de lecture qui ne fait pas aussi facilement fi des différences nationales.

 

Ainsi, lorsque l'on m'évoque la première guerre mondiale, je pense naturellement, comme tout le monde j'imagine, à la boucherie humaine symbolisée par Verdun, et j'admets volontiers que le soldat allemand comme le soldat français traversèrent conjointement l'horreur absurde des tranchées. Mais je n'oublie pas non plus que la France se défendait alors contre un agresseur et que, tout en poursuivant un but de guerre propre - le retour de l'Alsace et de la Lorraine - elle sut jeter toutes ses forces pour défendre non seulement son intégrité territoriale mais aussi la République et la démocratie.

 

Pour cette raison, vis à vis de cette guerre finalement gagnée, il y eut toujours en moi des sentiments étrangement mêlés, alliant l'abominable et le sublime, comme si à côté de l'incommensurable boucherie humaine subsistait malgré tout l'exemplarité d'un héroïsme sans précédent. Car n'y-a-t-il pas quelque grandeur dans la mobilisation de tout un peuple pour sa survie, son honneur et son idéal de liberté ? Or il me semble qu'à travers le seul prisme du suicide collectif, cette singulière grandeur devient difficilement perceptible, pour ne pas dire inaccessible.

 

Mon sentiment à l'égard de la deuxième guerre mondiale est encore différent. Dans la droite ligne du discours dominant, il est de bon ton aujourd'hui de démolir le mythe de la France résistante jusqu'à figurer une France complice de l'Allemagne nazie, via le régime de Vichy et la collaboration, sur fond d'antisémitisme européen. Pourtant, même si l'antisémitisme reste l'antisémitisme, c'est à dire un racisme absolument condamnable en tant que tel dans toutes ses variantes, je ne puis me résoudre à mettre sur un même plan l'antisémitisme politique en France et en Allemagne dans les années 1930 et 1940, la seconde portant seule la responsabilité d'avoir conçu un système génocidaire des plus atroces sous la férule nazie.

 

Bien entendu, l'Allemagne nazie sut trouver dans l'antisémitisme des territoires occupés un solide appui pour alimenter les massacres de masse dont elle était la principale instigatrice. Néanmoins, qu'il me soit permis d'avancer que la raison première de notre participation à ces horreurs ne fut pas d'abord l'antisémitisme mais bien l'occupation. On peut certes trouver bien fâcheux que la France résistante ne fût pas plus nombreuse. On peut aussi dénoncer le collaborationnisme de certaines administrations et convenir aisément que sans le régime de Vichy, l'Allemagne nazie aurait eu beaucoup plus de difficultés à exploiter les ressources de la France occupée au service de son plan de domination totale du continent. 

 

Mais enfin, si tout cela est vrai sans conteste, j'ai pour ma part deux regrets majeurs chevillés au coeur, deux regrets que j'estime des plus aigus parce que davantage attachés à la seule responsabilité de mon pays. Le premier est Munich, acte de lâcheté suprême clairement attribuable à la France en pleine possession de sa souveraineté. Le second est la défaite de juin 1940. Sans doute parce que nous étions alors les seuls, avec l'Angleterre, à pouvoir tenir tête aux Allemands de l'époque, mais surtout parce que sans cette défaite évitable, les choses eussent sans doute tourné autrement sur le continent pour bien des gens, et parce qu'alors jamais l'infâmie nazie n'eût été associée à presque toute l'Europe continentale.

 

C'est pourquoi, et j'en terminerais là, je trouve assez inappropriés les propos du Président François Hollande insistant sur la responsabilité franco-française de l'arrestation de milliers de juifs lors de la rafle du Vel d'Hiv ("en France, par la France" a-t-il énoncé cet été). Outre qu'accabler la France dans une situation d'occupation par un ennemi gorgé de haine et sans scrupule me paraît mettre en lumière une nouvelle idéologie culpabilisatrice aussi facile et caricaturale que l'ancien mythe de la France résistante, une telle approche ne semble pas la mieux à même d'éveiller la jeunesse de ce monde aux leçons du passé.

 

Car si cette manière de voir débouche utilement sur la condamnation sans appel de toute forme de racisme et sur l'importance de la responsabilité personnelle même dans les pires circonstances, elle échoue à rendre compte du péril pacifiste qui menace potentiellement toute démocratie en la rendant faible devant l'impérialisme, chancelant face à ses ennemis et lâche avec ses alliés, pour la livrer finalement aux pires compromissions. Ce faisant, sans même parler de son biais idéologique évident, cette approche ne donne pas la clé, aujourd'hui, d'un certain sens de l'honneur et du combat, elle ne permet pas de fournir une justification véritable au maintien de budgets militaires crédibles sur le vieux conitnent et n'offre aucun fondement politique solide à la constitution d'une Europe de la défense, malgré la montée des périls internationaux. Il y a donc pour moi un double faux pas : un premier d'ordre idéologique en caricaturant l'Histoire par le biais d'une auto-flagellation sans nuance ni discernement, un second d'ordre politique à travers un discours qui passe à la trappe l'une des plus grandes leçons de notre histoire récente.

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Julien 24/01/2013 00:25

Je partage tout à fait vos sentiments nuancés, sur la lecture complexe des 2 guerres, et concernant les véritables regrets à propos de Munich et de 1940. Par ailleurs, je regrette également le
choix de Hollande qui porte une fois de plus le projecteur dans la même direction, en laissant dans l'ombre des valeurs positives dont on ne parle pas, faute de bien les distinguer. Ainsi la notion
de patriotisme avait un réel pouvoir unificateur, permettant de fédérer les énergies et de poser la question du "vivre ensemble", tout en se gardant des dérives nauséabondes du nationalisme,
peureux et fermé sur lui-même. Au lieu de ça, le choix a été fait une fois de plus de souffler sur les braises de la culpabilisation. C'est délétère puisque cela tend à condamner la construction
d'un patriotisme sain, qui serait le bienvenu dans un monde en manque de repères.