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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

Alerte orange : chute de dominos à Berlin

Publié le 10 Novembre 2009 par G. Bloufiche in Europe et monde

 

Le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin n’aura donc  suscité d’émois que dans la classe médiatique. Au milieu de l’indifférence, surnage pourtant un symbole : celui des dominos. Mais que cachent ces dominos ? G.B. revient pour vous sur cette question. 

 


Excusez-moi par avance d’entrer dans cet événement HIS-TO-RIQUE – on nous l’a suffisamment répété ces derniers jours ! – par l’anecdote mais, après avoir supporté les pénibles cérémonies du vingtième anniversaire de la chute du Mur de Berlin, je n’ai hélas retenu qu’une seule image : celle de ces 1000 dominos « géants » censés symboliser le Mur qui s’écroule.

 

Bon… On ne devrait pas s’attarder sur ce genre de détails, sachant que des questions bien plus importantes agitent le monde (la désignation du futur Président de l’Europe…) et taraudent l’Hexagone (le débat sur l’identité nationale, Pierre Sarkozy, etc.) mais, même après m’être raisonné, cet alignement de dominos a continué à me troubler plus que de raison.   

 

Premièrement, on ne m’aura pas ! Je sais que  les dominos renvoient dans l’Histoire des Relations Internationales à une fameuse théorie. Tel le premier étudiant d’Institut d’Études Politiques venu, je pourrais même longuement disserter sur celle-ci (après avoir bien sûr odieusement pompé la définition qui en est donné dans Wikipédia) : « La théorie des dominos est une théorie géopolitique américaine énoncée au XXe siècle, selon laquelle le basculement idéologique d'un pays en faveur du communisme serait suivi du même changement dans les pays voisins selon un effet domino. » Nul besoin de rappeler l’exemple vietnamien.

 

Cette définition donnée, on ne pourra qu’être étonné par l’utilisation des dominos (et de leur fameux effet) lorsqu’il s’agit de célébrer le basculement de la moitié d’un continent vers la démocratie libérale.

 

Que veut-on nous dire alors  par ce renversement ? Qu’à la manière du communisme qui s’était répandu dans les pays voisins des démocraties populaires, la démocratie libérale est l’inéluctable destin du monde. Il y aurait un je-ne-sais-quoi de Fin de l’Histoire (celle de l’inénarrable Fukuyama) dans cette allégorie messianique qui relie le passé – la conjuration des effets dominos du siècle dernier quand le communisme envahissait encore la planète – et le futur – l’invocation de la longue marche démocratique débutée symboliquement à Berlin en 1989.

 

Le moment auquel intervient cette célébration est hélas très mal choisi : l’échec des néo-conservateurs américains en Irak (et partout ailleurs) a fini par convaincre de l’évidence : la démocratie ne s’impose pas. La crise économique a discrédité le modèle économique libéral (ultra-libéral, devrait-on dire). Et, enfin, il est devenu plus qu’évident, pour ceux qui en doutaient encore, que l’Union européenne ne fournit pas un modèle politique démocratique mais un cadre gestionnaire technocratique désincarné.   

 

Et c’est là que ces dominos commencent à faire peur ! Même poussés par des vieux hommes politiques inoffensifs, peints par des collectifs  d’artistes contemporains transgressifs ou fêtés par des meutes d’enfants angéliques, ces dominos ne sont-ils pas en réalité une métaphore de la mondialisation ultra-libérale et de son cadre de plus en plus anti-démocratique sur fond de  communion puérile et festive et de religion du Progrès ?  

 

Du calme quand même ! Je n’exclus pas que ces dominos aient été choisis pour donner une image ludique aux célébrations de la chute avec ce sens de la fête triste et un peu cheap (les dominos étaient en polystyrène !) qui va de pair avec les commémorations mémorielles de la Fin de l’Histoire (celle du génial Philippe Muray cette fois).

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