Samedi 28 juillet 2007 6 28 /07 /Juil /2007 11:06

Publié dans : Poèmes

 

Arrête un peu tes gros bobards
Range ta rengaine ton répertoire
Va donc chercher ton auditoire
Vers d’autres lieux d’autres trottoirs
 
Tu n’auras eu dans ta mangeoire
Que de la soupe dégueulatoire
Du surgelé de chez Picard
De la malbouffe des mauvais soirs
 
Regarde un peu dans le miroir
Le fonds piteux de tes tiroirs
L’aboutissement prémonitoire
De tes pulsions libératoires
 
Soixante huitard
Mon vieux roublard
Le monde barbare
Est ton moutard
 
On trouve encore dans tes grimoires
Le fin soupçon ostentatoire
Qui place l’Etat dans l’échaudoir
De tes angoisses frustratoires
 
L’imagination au pouvoir
Tu l’as fourrée dans les dressoirs
T’as préféré lui dire bonsoir
Tu l’as tranchée de ton hachoir
 
T’as liquidé sur ton perchoir
Les frontières et les territoires
Et t’as chassé de ta mémoire
L’ambivalence de l’Histoire
 
Soixante huitard
Plus de bobards
Ton rejeton
Est un cauchemar
 
Dans ton délire migratoire
L’argent circule de foires en foires
Sans les contrôles attentatoires
De vieux Etats au désespoir
 
Il faut le dire il faut le voir
Le marché roi est la vraie gloire
De ton parcours élévatoire
Aux engagements si méritoires
 
Tu peux danser sur ta glissoire
Nier en bloc tous tes déboires
Sortir en douce ton écrémoir,
Il faut rentrer dans ton juchoir
 
Soixante huitard
Mon vieux routard
Quitte tes boulevards
Redresse la barre
 
Soixante huitard
Mon vieux roublard
Le monde barbare
Est ton moutard

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Commentaires

Quelques vers murayiens que m'ont inspirés tes bobards... (avec la participation de ID pour la recherche des rimes en -oir et -ar).

Plus de bobard !

 

Les soixante-huitards à cigares

Encore hippies hier au soir

Sont devenus yuppies plus tard

Maintenant bobos pour la plupart

 

Ils répètent en boucle qu’il faut croire

La liberté circulatoire

L’égalité discriminatoire

La fraternité lacrymatoire

 

L’Europe contre le désespoir

Et les régions pour la mémoire

De l’art, de l’art encore de l’art

Pour les masses en retard

Et des euros et des dollars

Pour les élites par milliards

 

Les soixante-huitards à cigares

Répètent en boucle qu’il faut faire choir

Les frontières qui nous égarent

Et la France pour ses retards

 

Mettre les laïcards au placard

Et les fumeurs à l’abattoir

Les politicards au rencard

Et la République au hachoir

 

Ils ont encore d’autres désespoirs :

Les cyclistes dopés, des salopards !

Les députés absents des tricards !

Les aficionados de sales cafards !

 

Les soixante-huitards au mouroir

Verront les invasions barbares

Avant de plonger dans le noir

La fin des fins de leur histoire

 

Les rejetons des soixante-huitards

Entendent finir leur cauchemar

Pour ce faire ils travaillent fort tard

Dans des think-tanks qui sont notoires

Pour des lobbies qui prennent part

Au pire des pires traquenards

La fin des fins des isoloirs

Les citoyens au corbillard

 

Leur plan d’actions préparatoire

Pour précipiter demain soir

Est fait de lois ostentatoires

De décrets abominatoires

De circulaires prémonitoires

Européennes pour la plupart

Bruxelles s’attaquant au Grand Soir

La fin des fins de toute l’Histoire

 

Ils se rencontrent encore ce soir

Autour d’un buffet dînatoire

Avant de roller vers des bars

Où ils se rencontrent dans le noir

Pour des discussions sans fard

Très anti-discriminatoires

Pas du tout superfétatoires

Authentiquement  non dérisoires

A 10h00, ils se disent bonsoir

 

Les soixante-huitards au mouroir

Verront les invasions barbares

Avant de plonger dans le noir

La fin des fins de leur histoire

 

 

Commentaire n°1 posté par vincent paret le 17/08/2007 à 17h40
Un grand merci pour cette talentueuse contribution de VP et ID qui, outre le plaisir de la lecture, a le mérite d'impliquer notre génération dans la continuité des errements du monde contemporain. Certains peuvent se dire : mais pourquoi tant de haine ? Il faut saisir la démarche : dans un monde qui s'adule et qui se gausse d'être en tout point meilleur qu'avant, grâce à la liberté chèrement conquise par les militants courageux de mai 68, il y a presque un impératif politique de révéler la face cachée, l'envers des choses, les coulisses du plateau contemporain. Or, il est parfaitement illusoire de penser que la sauvagerie du monde (société hyper concurrentielle déterritorialisée et bientôt communautarisée) n'aurait pas partie liée, même indirectement, avec le délire de libération totale qu'a été mai 68, du moins dans l'imaginaire de la génération qui l'a vécu. Voilà donc, avec ces deux poèmes, de quoi rétablir un peu d'ambivalence et de contraste dans une pensée monochrome. De plus, que ces modestes contributions soient vues comme un hommage à l'observateur génial, piquant et libre qu'était le regretté Philippe Muray.
Réponse de M. Aurouet le 18/08/2007 à 12h27

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