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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

Mon 29 mai à moi

Publié le 29 Mai 2007 par M. Aurouet in Europe et monde


Aujourd'hui, qu'on se le dise, c'est la fête des voisins.

Rions et chantons en coeur ! Tous, courons chez nos voisins pour briser notre solitude et nous aimer l'instant d'un soir. Tous, suivons le commandement de madame Société qui, non contente de briser chaque jour qui passe le peu de lien social qui existe encore en ce bas monde, nous impose une ridicule comédie sociale. Et voici donc le paradoxe fatal : à l'heure d'une émancipation que l'on confond avec un individualisme débridé, se propagent de nouvelles conventions qui viennent écraser le peu de vraie liberté qui nous reste encore aujourd'hui.

Astucieuse époque que la nôtre, elle qui fait pousser des arbres fleuris pour masquer la forêt de désolation qui se répand partout. Ces arbres, vous les connaissez : ce sont toutes ces fêtes artificielles qui puent l'hypocrisie et qui n'ont aucun sens, à part celui de nous "occuper" comme des moutons de panurge. Belle époque aussi que celle qui assimile la culture populaire au divertissement de masse.

Ce soir, On ne me verra pas sortir de ma tanière. Je serai mieux dans mon canapé, affalé, à lire un bon bouquin. A me remémorer ce 29 mai où le peuple reprit le pouvoir, contrariant les projets vides et creux des gourous du monde contemporain.

A la vôtre ! Et rendez-vous peut-être dans quelque pub, un soir de hasard, pour partager un vrai moment.

 

 

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Nico 02/06/2007 13:55

       Désarrois compréhensible du révolté, mais impression d'une salve qui a raté sa cible.
             Les moments suscités, comme cette fête, et ceux du hasard ou du rendez-vous bilatéral, ne s'opposent pas. D'ailleurs, les rendez-vous et les rencontres n'ont pas décrus (les amis continuent à se voir, et la distance ne semble même plus l'empêcher; et j'ai retrouvé hier même, par hasard, une amie aixoise en plein Paris), donc l'un ne prends pas la place de l'autre. Quant à l'entente entre voisins, elle reste dans une moyenne qui n'a jamais connu les paradis perdus imaginés. C'était de rester une vie entière au même endroit qui en faisait connaître tout le monde qui y restait aussi une vie entière, et ce n'était pas pour le meilleur.
              De plus, cette fête n'a pas été inventé et médiatisée, donc disons orchestrée. Elle es née il y a cinq ans dans le XVIIème arrondissement à 'initiative d'un habitant de classe-moyenne et s'est répandue à 24 pays sans publicité. Les média se sont penchés dessus de façon anecdotique l'an dernier et ne l'on prise en considération réelle que cette année. Donc, comme d'habitude, ils ont plutôt suivi un mouvement microsocial plutôt que créé celui-ci.
              Enfin, il faut malheureusement se l'avouer. A l'aune de ce sur quoi la culture populaire s'est fondée, à savoir une culture du grand nombre face à la minorité dominante soi-disant avant-gardiste, on peut dégager trois moments. L'époque de la culture populaire folklorique (au sens premier du mot, pas connoté), l'époque de la culture populaire classique (celle à laquelle il est généralement fait référence, traversée de fierté, de danse et de camaraderie, avec un peu de salace) et l'actuelle, très clairement une culture de masse et du divertissement. La minorité soi-disant avant-gardiste existe encore, et s'accomode toujours fort bien d'une culture populaire, aujourd'hui décevante, bien plus qu'avant.
                             Bon, j'ai pas été très doux sur ce commentaire, cela mériterai encore bien de la discussion, ce sera plus facile au téléphone (et là, j'ai faim, c'est 13h53).
 
                                                 Bye.                               Nico.

M. Aurouet 03/06/2007 10:08

C'est le commentaire qui, à mon sens, semble rater sa cible.
Il y a bien des sentiments qui ont pu m'inspirer dans la rédaction de ce petit texte sur la fête des voisins, mais certainement pas le désarroi du révolté... Il faut y voir simplement l'expression d'une distance vis à vis d'un phénomène banal, phénomène qu'au demeurant je ne prétends pas changer, puisque c'est un mouvement de fond auquel il m'arrive, d'ailleurs, de participer. Ainsi me verra-t-on, sans doute, fêter la musique, cette année, le 21 juin comme il se doit. On peut faire ce qu'on veut, mais il faut le faire dans la lucidité, lucidité sans laquelle on en vient vite, en l'espèce, à célébrer la fête elle-même...
Prenons donc, par analogie, l'exemple de la fête de la musique. Concrètement, il s'agit surtout de la fête du bruit. Vous me direz, c'est déjà bien vu pour une époque où le bruit et l'image gazouillent de partout. C'est aussi et surtout la fête d'un art qui perd sa qualité d'art dès lors qu'il s'exerce dans les conditions de la fête de la musique. Bref, la musique est littéralement dévitalisée et dénaturée alors même qu'elle est encensée l'espace d'une soirée. Enfin, soyons lucides jusqu'au bout : dans ce genre de manifestation festive, vous profitez souvent bien plus de la foule que de vos amis.
Je réclame donc la même lucidité pour la fête des voisins, nouvellement vantée pour ses vertus sociales supposées, là aussi le temps d'une soirée.
Mais je voudrais en venir à mon second point. Le propos n'a de sens et d'intérêt que si on le relie à un trait d'époque, en l'occurrence celui de fêter tout et n'importe quoi. Pour ceux qui désirent voir ce que donnerait l'extension de cette logique, je vous renvoie à l'ouvrage de Rufin, Globalia. De ce point de vue, il me semble bien plus intéressant de relever l'intérêt grandissant pour cette fête (des médias notamment) plutôt que son inscription historique. Ce qui m'intéresse, c'est le mouvement des choses, leur dynamique actuelle. Or, qui niera l'avalanche des événements festifs, et l'impérialisme de l'action sur le mode festif (gay pride, love parade, vegee pride même) ? Je vous renvoie à Philippe Muray qui voyait en l'homme contemporain un véritable "homo festivus" (à ce titre, je recommande la lecture de Modernes contre modernes). Cela dit, je remercie Nicolas de m'avoir éclairé sur les origines de cette fête des voisins. Au moins n'aurai-je pas quelque Jack Lang à blâmer...
Il me semble enfin que Nicolas sous-estime, dans son second paragraphe, le mouvement de désagrégation sociale qui affecte notre société contemporaine. Certes, nous ne sommes pas condamnés à vivre seuls dans nos tonneaux (et bien que la solitude - ou du moins son sentiment, soit en progression). Mais de la rencontre dans la rue à la qualité d'un lien social durable, il y a une distance assez longue à parcourir !
Un peu plus de convergence en revanche à propos de la culture populaire, dont il nous faudra reparler.
Pour conclure, ce qui me semble important, c'est de souligner qu'à prendre les éléments séparés les uns des autres, on ne peut percevoir le mouvement des choses. Je n'ai rien contre l'entente et l'amitié entre voisins, bien au contraire, et rien non plus contre ceux qui aiment la fête des voisins. Mais en tant que simple observateur de mon temps, je ne peux passer à côté de "l'extension du domaine de la fête". Je peux me tromper, ça va sans dire, mais je parie que le futur nous prépare un flot de célébrations encore insoupçonnées.

marc 30/05/2007 19:33

ta raison sa pue toutes ces fetes!!!!!