Partager l'article ! Lucie, par M. Aurouet: Il faisait si froid par ce matin d’hiver Qu’après la mortuaire cérémonie, Tout ...
Causeries
républicaines
Il faisait si froid par ce matin d’hiver
Qu’après la mortuaire cérémonie,
Tout le cortège fut parti.
Immobile face à la pierre,
Se tenait là comme étourdie,
Une femme appelée Lucie.
Majestueuse solitude
que ce visage solennel,
Perdu dans de métaphysiques pensées.
Elle avait accompagné
Jusqu’à son dernier soupir,
L’homme à présent enterré.
Comme elle le voyait partir,
Lui était apparu de lointains souvenirs
Qui, la nuit, venaient sournoisement la saisir.
Dans ses rêves, le jugement de l’enfance,
Hurlant dans un cri de vengeance :
« Qu’as-tu fait, Lucie, de mes espérances ? »
Le silence assourdissant de la Mort
La figeait dans la conscience tragique
D’un misérable et triste sort.
Le cortège avait repris sa course ;
Mais Lucie ne voulait plus fuir ;
Elle ne pouvait plus se mentir.
Dans ce port lugubre et sans matelot,
Je l’entendis crier comme bouleversée,
Des mots adressés en sanglots
À son père devant elle couché.
Plongée dans le coeur abyssal
D'un éveil au soleil magistral,
Se formait en son âme le rejet radical
D'une vie trop normale et privée d'idéal.
Comme un écho à sa détresse,
Elle hurlait la promesse
De ne plus s’adonner
Au morne jeu de l’éternité.
Dans l'obscurité de ma pénitence,
Je buvais les éclats lumineux
D'une étoile couleur délivrance.
Ivre de sa transe aux accents enragés,
Je me demandai, un peu égaré,
Par où Lucie allait commencer.
Rejoindrait-elle cet homme
Qu’un soir de pluie en automne,
Elle perdit en chemin ?
Ou donnerait-elle demain
Sans alarme ni concession,
Son irrévocable démission ?
Je traînais seul mon âme
Dans ce jardin funèbre,
Où la vie se fane
A l’ombre des ténèbres.
Jamais je ne revis Lucie.
Mais depuis ce jour béni,
Je me plais à rêver aux chemins inconnus
Que ma brune Vénus a, depuis, parcouru.
Les commentaires