Vendredi 4 mai 2007 5 04 /05 /Mai /2007 22:22

Publié dans : Poèmes

 

Haut fonctionnaire de la patrie,
Gérard déplore et se désole
Du chômage et de son envol,
Et des rigidités de ce foutu pays.
 
Il accuse, dénonce et pourfend
La rhétorique des droits acquis,
L’archaïsme du CDI,
Et la mentalité rétro de tous ces honnêtes gens.
 
Il acquiesce avec talent
Les propos vifs et élégants
Du journaliste qui depuis vingt ans
Vante les vertus nouvelles du nécessaire changement.
 
Il aura pourtant observé
Bien plus d’ouvriers mal payés
Condamnés à devoir s’adapter,
Que ces puissants journalistes plutôt bien installés.
 
Y a comme des bulles dans la France,
Comme une urgente effervescence,
La fièvre immense d’un soir de danse,
Qui n’est qu’une fade évanescence.
 
Marcel en veut à son patron
Pour ses refus d’augmentation
Et les délocalisations,
Et sa réponse à tout : la mondialisation.
 
Il aurait pu se syndiquer,
Faire jouer la solidarité,
Mais il n’aime pas se mobiliser
Autour des grèves démodées des ringards de la CGT.
 
Dans sa résidence bétonnée,
Il a pour charmante voisine
Une dénommée Maïté
Qu’il croise régulièrement à la piscine.
 
Elle se plaît à lui parler
De sa fière lesbianité
Comme de son unique Identité,
Qu’elle proclame haut et fort dans sa communauté.
 
Y a comme des bulles dans la France,
Comme une urgente effervescence,
La fièvre immense d’un soir de danse,
Qui n’est qu’une fade évanescence.
 
Maud s’émeut de la misère
Et de l’exploitation mortifère
Qu’engendre le nouveau capitalisme.
Elle milite sans relâche pour un altermondialisme.
 
Combattante d’un genre nouveau,
Elle espère que son ONG,
Loin des idées et des drapeaux,
Mobilisera le monde contre les inégalités.
 
Comme beaucoup de ses amies,
Elle est devenue sans patrie.
Les nations, le Etats, la politique,
Elle s’en méfie comme d’un pouvoir maléfique.
 
Et dans le tendre et sage délire
De sa folle action en réseau,
Elle ne voit même pas que le pire,
C’est sa contribution au statu quo.
 
Y a comme des bulles dans la France,
Comme une urgente effervescence,
La fièvre immense d’un soir de danse,
Qui n’est qu’une fade évanescence.
 
Ibrahim et Hugo, dans leur cité,
Ont décidé de tout casser.
Les écoles brûlent et la fumée
Attise la haine des discriminés.
 
Luc comprend la destruction
Du symbole de la régression.
L’école reproduit les élites
Et perpétue malgré elle une violence symbolique.
 
Du haut de sa réussite
Populaire et méritocratique,
Il tient la République
Dans un mépris sociologique authentique.
 
Héros comique et pathétique
Des grandes conquêtes pédagogiques,
Il conteste toute excellence
Pour mieux propager l’ignorance.
 
Y a comme des bulles dans la France,
Comme une urgente effervescence,
La fièvre immense d’un soir de danse,
Qui n’est qu’une fade évanescence.
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