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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

le noyau dur sinon rien

Publié le 21 Février 2007 par G. Eturo in Europe et monde

Depuis un demi-siècle, l'Europe se construit, tel un chantier. Ceux que l'on a coutume d'appeler les pères fondateurs avaient eu l'intuition qu'au sortir d'un temps nationaliste et impérialiste, il aurait été vain d'attendre un quelconque grand soir européen. Il nous faut reconnaître leur immense sagesse. Il fallait gagner la bataille de la paix, s'assurer que l'Allemagne et la France ne se feraient plus la guerre, il fallait créer des liens entre des nations aux intérêts profondément divergents, mais soucieuses toutefois de ne plus sacrifier leurs jeunesses au nom d'utopies destructrices. Assurément, la solution ne pouvait résider que dans l'essor d'une communauté, d'autant que le relèvement économique rapide des Etats d'Europe de l'ouest et le renforcement du lien transatlantique rendaient inopérante la force fédératrice née de la menace soviétique, force qui aurait peut-être pu permettre un dépassement du fait national.

Cette communauté, née sous le signe de la CEE dans le prolongement de la CECA, devait être un préalable incontournable. Un préalable à l'élaboration d'un véritable lien fédéral matérialisé sous la forme d'un appareil étatique post-national. Elle répondait à un double objectif: réconcilier des nations ennemies en tissant un noeud d'intérêts communs et de valeurs communes. Cette communauté devait devenir une communauté d'intérêts et de valeurs. Tel n'a pas été son nom, mais on m'accordera que c'est bien l'objectif qu'elle s'était prioritairement fixée.

Et quelle réussite! 50 ans après, la bataille de la paix est gagnée, les mentalités ont changé, les jeunes parcourent le continent, se découvrent, détestent la guerre et n'imaginent plus une seconde une nouvelle tuerie européenne. Des intérêts communs ont bien émergé: le commerce continental a été réorienté vers lui même, le marché commun a offert à nos entreprises de vastes débouchés solvables ainsi que de nouvelles sources de financement, des pays hier pauvres et marginalisés comme l'Irlande sont aujourd'hui des nations fières et modernes grâce en partie à une solidarité financière sans précédent... Quant aux valeurs, il n'échappe à personne combien nos générations peuvent se féliciter de vivre sur un continent pacifique et démocratique. Oui, Schuman, Gasperi, Monnet, Adenauer et bien d'autres, merci. vous avez réussi un miracle que mes grands parents n'auraient pas même imaginé. Et nous en jouissons dans la plus sincère gratitude.

Aujourd'hui, de nouveaux défis attendent le vieux continent. La bataille de la paix et de la prospérité remportée, les citoyens ont de nouvelles demandes. Nés de la fin de la guerre froide qui a redéfini les lignes de force stratégiques, et de la libéralisation forcenée (et provoquée sciemment) des économies, ces défis font apparaître des réponses qui convergent vers un slogan salvateur qui se résume en deux mots: "plus (lisez +) d'Europe". Certes, les Etats-nations peuvent beaucoup, mais ils ne peuvent pas assez. Du moins pas tant que les règles économiques seront celles que nous connaissons et que la régionalisation des économies sera aussi solidement établie. Comment, dès lors, préserver notre compétitivité et notre prospérité tout en refusant de saboter l'héritage social des trente glorieuses? Comment éviter la provincialisation géopolitique des nations européennes? Comment ruiner les prétentions impérialistes des Américains ou, demain, des Chinois? Et surtout comment nous assurer de notre indépendance comme de notre sécurité? Comment mieux réguler un monde tous les jours plus pillé, plus exploité sans raison ni morale? Comment faire survivre le meilleur du post-modernisme quand la raison instrumentale des modernes laisse pointer de futurs ravages? A toutes ces questions et à bien d'autres, il me semble clair que la structuration étatique de l'Europe est une, sinon la voie à explorer.

Mais pourquoi parler de structuration étatique? Pour dépasser l'insuffisance caractérisée, voire la ridicule impuissance, du processus communautaire, pour délivrer les réponses tant attendues par nos citoyens. De fait, l'UE est le relai d'une mondialisation qui a érigé la concurrence comme le meilleur ferment d'unité des êtres humains, elle est incapable de développer une capacité indépendante de défense, elle parle plus qu'elle n'agit et se fixe d'improbables ambitions sans se donner de vrais moyens (cf Lisbonne). Elle ne défend pas les intérêts de ses citoyens, ou mal, elle ne dispose pas de la capacité de réaction impérieusement nécessaire pour cela, ce qui ravit les Etats étrangers. Elle s'est dotée d'un outil monétaire dont elle ne sait même pas se servir et ne dispose d'aucun financement de masse, ce qui obère la crédibilité de toutes ses actions. Surtout, elle a choisi de s'élargir avant de se renforcer. Sachez le bien, la constitution n'était qu'un règlement intérieur plus fluide chargé de donner un peu d'air à un énorme éléphant sans cerveau. Ce dont nous avons besoin, c'est d'un changement de structure, pas d'une réforme d'institutions qui n'ont jamais été conçues pour pour gouverner un continent, mais bien plutôt pour gérer  un pôt commun évolutif.

Pourquoi ne pas espérer que le processus communautaire débouche rapidement sur une forme étatique? Parce que cela nécessiterait un accord sur les fins qui n'existe pas et qui n'a jamais existé. Il est sage sans doute de ne pas entrevoir le grand soir où tout changera, encore qu'il est des époques où des générations ont assisté à pareil spectacle. La construction d'un Etat fédéral demande de procéder par différentes étapes dont la pierre angulaire serait nécessairement la naissance d'un impôt supranational. Pour cela, une volonté d'avancer dans la même direction, avec conviction et fermeté, est incontournable. L'UE n'offrira plus, à mon sens, pareille opportunité. Pourtant, les citoyens veulent, j'en suis sûr, poursuivre l'aventure, continuer le rêve européen. Seulement, après tant de livres verts, de livres blancs, de règles aussi rigides que stériles, d'obsession libérale contre-productive, de rendez-vous manqués, après tant de mensonges (pensez à la Turquie) et de frustrations faisant suite à des promesses de paradie sur terre (de l'euro à Lisbonne), le ras le bol de la lucidité  a surgi. L'Europe politique tant promise n'a pas vu le jour, et il est bizarre de continuer à l'espérer au moment où le continent ne fait pas face à une menace militaire immédiate tandis que l'UE a vu entré diz nouveaux membres plus "occidentalistes "qu'"européistes". De plus, les mêmes élites qui ont échoué hier formulent encore aujourd'hui leurs vaines promesses.

  Voilà pourquoi je pense qu'une différenciation est inévitable. Si nous voulons l'Europe politique, il faut un projet qui soulève les vraies questions, et plus un prosessus qui masquent les divergences sur l'essentiel. Du noyau dur dépend notre bon départ dans le XXIème siècle. Perspective déjà fort compromise...

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