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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

La société schizophrénique

Publié le 23 Mai 2009 par G. Eturo in Politique


Quand les historiens étudieront notre société, quand le gouffre du passé aura avalé et digéré notre présent, il se pourrait qu'ils diagnostiquent une forme avancée de schizophrénie sociale. C'est l'hypothèse que nous pouvons formuler, en tout cas, à l'aune de la contradiction grandissante entre l'acceptation tacite, voire enthousiaste, des causes de nos maux, et l'avalanche de mesures adoptées pour en gérer tant bien que mal les conséquences. D'ailleurs, c'est bien ici qu'il faut situer le malaise démocratique ambiant : dans l'agitation permanente au service de la continuité. Jamais, en effet, les discours de rupture n'auront accompagné si bien l'évolution des choses ; jamais l'impulsion de changement et l'amour du mouvement n'auront été si réellement conservateurs. D'où la vacuité croissante du vieux clivage droite / gauche et son corrolaire, la parodie électorale.

L'école n'est plus un lieu de culture que structure la distance entre un professeur, détenteur de l'autorité républicaine, et des élèves qui préparent leur citoyenneté, mais ne l'exercent pas encore ? D'aucuns conviendraient de l'urgence d'une rénovation radicale de l'institution scolaire : proscription des marques commerciales,  des gadgets technologiques (les portables en particulier, Internet et son "copier coller" décérébrant), soutien des institutions à l'autorité du professeur, menace d'exclusion durable de l'école publique pour tout individu, riche ou pauvre, noir, blanc ou beur, dont le comportement serait verbalement ou physiquement agressif envers le professeur, refus sans compromis de signes religieux ostentatoires... Bref, une société sûre d'elle-même, de son identité et de ses valeurs, prendraient des dispositions fortes, parfois symboliques mais sans aucun compromis. Elle ne chercherait pas à adapter l'école désespérément à ses élèves, mais à la bâtir à l'aune de l'idée qu'elle s'en fait. C'est à l'évidence beaucoup trop demander à une société convertie au culte du jeunisme, à la fascination technologique, fût-elle préjudiciable à la culture de l'esprit, à la victimisation outrancière des comportements barbares, sous le fallacieux prétexte qu'il y a des inégalités de naissance, et qui décèle dans tout principe d'autorité l'expression d'un crypto-fascisme paternaliste. Se répète alors le fameux cycle, tant de fois observé à présent, de la réforme qui ne change rien, des aménagements foireux, de la rustine qui appellera d'autres rustines. On installera des portiques à l'entrée des écoles, on procédera à des fouilles régulières, bref, comme d'habitude, on essaira de prévenir au mieux les manifestations du dérèglement social et de la désintégration sociétale, sans jamais disposer sur leurs fondements.

L'obésité des enfants ne cesse de progresser, en même temps que leur soif de consommation ? Résultat évident du marketing et de la propagande publicitaire toute la journée, à la télé, dans les supermarchés, dans la rue... Les parents sont à blâmer ? Ils ne font que répondre à l'injonction du bonheur pour leurs progénitures, qu'il s'agisse de les emmener à Disney, de leur acheter la Wii ou de les gaver de marques et de cohonneries. Triomphe de la culture de masse sur la culture populaire, avec la bienveillance des élites converties aux "progrès du capitalisme". Va-t-on dès lors interdire ou circonscrire la publicité et le marketing, à la télé comme dans la grande distribution ? Va-t-on publiquement favoriser telles activités (la lecture, le théâtre, le sport ou le cinéma) et en condamner d'autres (l'achat compulsif de fringues, la consommation mimétique, le refuge dans des mondes virtuels type jeux vidéos) ? Va-t-on logiquement réduire l'espace national accordé aux hypermarchés ? Voyons, vous ne pensez pas ! Notre brave législateur nous abreuvera de nouveaux messages publicitaires hygiénistes : "pour votre santé, mangez cinq fruits et légumes par jour"; il crééra un site d'information "manger-bouger.fr", il mobilisera tout le staff social du pays pour lancer de grandes campagnes de santé publique. Bref, il se donnera l'illusion qu'il peut changer les choses à peu de frais.

Alors que faire ? Se battre ? Pourquoi pas, mais qu'est-il seulement possible de changer lorsqu'on se contente de gérer les conséquences de choix évidemment mauvais pour la civilisation ? Il n'y a plus qu'une voie à suivre (avis au amateurs de la "troisième voie" : il n'y en a plus qu'une !) : tout chemin non homologué "conforme au progrès" (c'est entendu, on n'arrête pas le progrès) rejoindra les rangs de la marginalité politique.

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Pascal 03/11/2009 18:02


Je découvre ce site, et j'apprécie beaucoup: il dit la même chose(avec plus de talent) que je dis depuis...au moins la présidentielle de 2007-qui fut un vrai cas d'école.Bravo!