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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

A la recherche du nouveau salopard

Publié le 4 Mai 2009 par G. Bloufiche in Société


G.B. est écrivain et poète. A ses heures perdues, il se consacre à l'exercice d'une profession dévalorisée au sein d'un service public en voie de délitement.  Il est l'auteur de plusieurs recueils de poésie (Climax délétères, Observations sur le sol d'une ville...) et d'un échange épistolaire "auto-adressé" (Lettres à la Poste). 

 

Alors que commence une nouvelle saison d'A la Recherche du Nouveau Salopard, se dessinent les premières tendances d'une promotion qui sera, cette année encore, stipendiée, clouée au pilori, excommuniée, mise à l'index, lynchée ou encore vouée aux gémonies.

Le jury, quant à lui, sera, comme à son habitude, impeccable, implacable et irréprochable : il lavera plus blanc, il traquera les relents nauséabonds des paroles douteuses, il ira même jusqu'à dénicher dans les anfractuosités du non-dit les arrières pensées coupables. Bref, rien n'échappera à sa sagacité vengeresse et purificatrice (1).

Pour ce qui est des candidats, ne nous leurrons pas, cette année encore, il y eut quelques erreurs de casting : des polichinelles de la polémique sans lendemain (comme les secrétaires d'Etat Laporte et Besson) et des salops de seconde zone (comme le député UMP Vaneste) ; des serial-salops lassants (des comiques comme Dieudonné) et des pêcheurs véniels pour temps de crise (type patrons d'entreprise séquestrés). Mais, il y eut aussi du lourd, du très très lourd : du carrément injustifiable, du très impardonnable, de l'irrémédiablement coupable (qui plus est avec circonstances aggravantes).

Passons donc les candidats en revue par ordre croissant d'ignominie.

 

Disons le sans ambages, la première candidate, Rachida, n'aura pas tenu toutes ses promesses : sa très violente condamnation en Une de Libération - journal officiel du jury du Nouveau Salopard - n'aura fait illusion que le temps d'une sympathique réunion UMP lors de laquelle parodiant non sans humour sa propre incompétence, elle aura levé le voile d'illusion sur la mécanique du discours de ses paires politique.

Cette nouvelle saillie - qui rappelait ses brillantes premières sorties (affaire de la robe Chanel, des faux diplômes, du congé parental d'un jour et demi ou, plus généralement, sa politique sécuritaire et anti-jeunes) a été appréciée pour sa fraîcheur par le jury qui n'a cependant pu que constater que Rachida ne faisait pas le poids pour incarner l'Ennemi suprême. Comme le résumait un juré de la Haute Autorité : " comment pourrait-elle symboliser le mal absolu alors qu'elle incarne la représentation positive de la jeune femme issue des quartiers ? Son image seule encourage un renforcement positif des minorités visibles ! ".

La messe était dite, Rachida éliminée...

 

S'avance alors le second candidat prénommé Jean-Marie. Le jury le connaît bien : c'est un habitué de l'émission Le Nouveau Salopard qu'il a remporté à de nombreuses reprises depuis le début des années 80. Son infamie a atteint son apogée lors d'un 21 avril 2002 fameux, point de départ de ce qu'un autre mauvais coucheur appela la shame pride. Mais Jean-Marie est fatigué et, devant un auditoire européen entièrement non-acquis à sa cause, il nous refait le coup du détail, son tube le plus stipendié.

Le jury décide alors de sévir : réuni en conclave extraordinaire bruxellois, il n'hésitera pas à enfreindre ses propres règles du jeu pour exclure le candidat à qui était promis une bien modeste première partie en son ignoble qualité de doyen de l'Assemblée européenne.

Jean-Marie quitte le plateau. Lui, le salopard hier si nécessaire aux belle âmes, a livré son dernier combat.

 

Le candidat suivant est étranger, Iranien plus précisément (on peut entre parenthèse remercier la production du Nouveau Salopard de donner leurs chances à des salopards venus du monde entier sans exclusive hexagonale). Le Perse a été repéré au casting de Genève (le fameux Durban 2) avec un explicite solo antisémite particulièrement remarqué, majoritairement conspué, dans une salle quittée théâtralement par ses lumineux esprits humanistes qui, ô grand jamais, ne s'attendaient à entendre pareil discours dans pareille enceinte.

D'aucuns jugèrent que le jury tenait là son oiseau rare mais, curieusement, le volatile odieux fit long feu et, peu après sa performance, fut oublié par le jury. Les mauvaises langues prétendirent qu'un tel oubli devait être lié au nom imprononçable et, a fortiori, in-orthographiable du personnage (Armani-nedjab ?  Harmadinidjab ? Ahmadinejad !) alors que tant de noms d'illustres salopards claquent comme un coup de fouet.

 

Arrive alors un vieil homme avec, comme cela est noté par un membre du jury, une tête de vainqueur : il est catholique, dogmatique, rigoriste et anti-moderne. Il présente, en outre, la tendance jugée fâcheuse de vouloir ramener tous ses ouailles, évêque lefévristes négationnistes compris, dans le giron de la maison du Christ. Pour ne rien arranger, il est Pape. Enfin, vertu supplémentaire, on peut s'en prendre à lui sans risquer de fatwa ni même mise à l'index (voir aussi note 1) et on s'attirera même une notoriété médiatique considérable en luttant avec courage contre l'obscurantisme catholique.

Benoît, puisque c'est son nom, peut même s'abandonner à de très coupables confessions lorsque, dans un avion qui l'amène en tournée africaine, un journaliste lui pose des questions et qu'il s'exprime contre le préservatif (au nom de l'éthique de la vie propre à sa religion) et pour l'humanisation de la sexualité (au nom d'une croyance datée dans le mariage et la fidélité).

 

 

Inutile d'aller plus loin : le jury tient en Benoît son Nouveau Salopard 2009 !

Les lions de la bien-pensance peuvent être lâchés (comédiennes éplorées animateurs télé citoyens, chanteurs conscientisés). Derrière eux, à distance respectable, les chevaliers blancs de l'ordre néo-moral suivent de près (intellectuels vigilants, essayistes très vigilants, éditorialistes très très vigilants). Enfin, fermant le ban, des convertis jusqu'au-boutistes ex-staliniens, ex-papistes claironnent avec ferveur leur apostasie tandis que des retardataires vindicatifs rallient avec fougue le mouvement.

Le Nouveau Salopard espère faire encore mieux en 2010.

 
(1) Il est rappelé que le jury ne risque rien : il peut se livrer au lynchage sans risque aucun pour sa fragile personne.


G.B.
Avril 2009

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