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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

Pas de repos pour les guerriers

Publié le 6 Octobre 2008 par A.T. in Politique

 

Le discours ambiant, asséné chaque semaine à tous les salariés de ce pays, pousse entièrement à la remise en cause individuelle et au travail sur soi, au détriment de toute mobilisation collective au service du changement social.

 

Pour appuyer cet argument, arrêtons-nous un moment sur trois éléments incontournables de la vie d’un salarié d’aujourd’hui :

 

*      L’entretien d’évaluation

*      Le stage de formation

*      Le développement personnel

 

Peu nombreux sont les travailleurs qui échappent aux entretiens d’évaluation. Un bon entretien, s’il est conduit conformément aux théories du management, a pour vertu essentielle de détourner les consciences d’un schéma classique et dérangeant, confrontant un chef et un subordonné. Il s’agit de donner le sentiment que le travailleur est acteur de sa propre évaluation, évaluation qui consiste presque toujours à le situer par rapport à une grille de compétences préconçue. Tout est orchestré, dans la forme comme dans le fond, pour donner à l’évaluation l’apparence incontestable de la neutralité et de l’objectivité. Il arrive pourtant à l’évalué de douter : par exemple lorsqu’on lui dit qu’il faut développer son autonomie tout en améliorant son reporting ; ou encore lorsqu’il juge que son autonomie est appréciée en rapport à sa position dans une grille de compétences qu’il n’a pas élaborée…

Bien entendu, attendre du travailleur qu’il maîtrise son travail n’est pas en soi illégitime. Mais les évaluations d’aujourd’hui vont bien au-delà de cette exigence de bon sens. Elles tiennent en haleine un salarié qui ne connaît jamais le repos du maître qui connaît son travail. Elles travaillent même à redresser des personnalités jugées déviantes en les confrontant à une liste de compétences relationnelles. Elles enferment finalement le salarié dans une trajectoire purement personnelle, loin de l’idéal jugé archaïque d’une communauté de travailleurs, et l’incitent donc à se replier sur son moi, à considérer que les problèmes ne sont pas tant dans l’environnement ou dans le système, mais essentiellement en lui.

 

Mais prenons un autre exemple : si le travailleur manifeste une forte propension au stress, nul doute qu’on lui prescrira un stage de gestion du stress. Il est évident que nous ne sommes pas égaux et que la résistance à la pression varie d’un individu à l’autre. Question de caractère et d’expérience, aurait-on dit autrefois. Mais que signifie un stage de gestion du stress, sinon que si le salarié stresse, c’est qu’il n’est pas à la hauteur, alors qu’avec un peu d’efforts (2 jours de formation), il pourrait être meilleur (ou plutôt, « encore meilleur »). Pourtant, pourquoi évacuer certains facteurs de stress majeurs, comme la peur du chômage, l’angoisse du placard pour le moindre faux pas, la terreur de voir ses indicateurs chuter, ou plus simplement la douleur de traverser des moments difficiles ?

Les bons esprits diront que de tels stages révèlent l’effort de formation de l’entreprise. Mais comment ne pas y voir aussi et surtout un refus de tout obstacle à la performance, et donc un refus d’une organisation à visage humain, où les travailleurs ne sont pas censées être des machines dont il faut ajuster le paramétrage? Non seulement une telle méthode révèle ici encore la tendance affirmée au renvoi de problématique sur l’individu, mais elle est aussi de nature à renforcer sa souffrance, puisqu’elle lui fait croire que ses problèmes peuvent être facilement surmontés, alors que bien évidemment, il n’en est rien.

 

Les nouvelles théories du management trouvent un relais puissant dans ce qu’il est convenu d’appeler le développement personnel. La puissance de la pensée positive, une pensée positive par jour, révéler son moi intérieur, vous pouvez être ce que vous voulez être etc.… illustrent à merveille le catalogue infini du prêt à penser thérapeutique contemporain. Au moindre problème, et donc au moindre risque d’une baisse de performance, des milliers de boîtes à outils sont mis à disposition pour remonter la pente. Comme l’indiquent la plupart des titres, le développement personnel voue un culte à la positivité. Il ne se contente pas de combattre la négativité, il veut l’éradiquer. Il présuppose qu’à chaque problème existe une solution, que tout peut et doit être surmonté. Ce faisant, il nie la condition tragique de l’homme, la limitation inévitable de ses capacités et le pouvoir du sort. Il berce les adultes de terribles illusions qui ne font, finalement, qu’ajouter la culpabilité à la souffrance. Mais surtout, il détourne l’esprit humain de la politique et de la critique sociale, pour l’enfermer dans un tourbillon narcissique d’analyses psychologisantes et, finalement, apaiser ses envies de révolte.

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Monique 26/02/2009 19:46

Un petit tagage à toi JocelynFrançoise Blanche m’a taguée et maintenant faut assumer. Comment mener à bien cette chose là, un effort, un gros effort de concentration.Il me reste quelques heures à vivre avec 500 € a dépensé impérativement avant mon passage pour l’autre monde.Lire ici : http://www.crau-et-camargue.fr/