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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

2012, que faire ?

Publié le 20 Février 2010 par G. Bloufiche in Politique

 

Il y a quelques mois, cet article aurait pu être intitulé «2012, à quoi bon ?», tant Sarkozy semblait tenir une droite unie face à une gauche en miettes tout en maîtrisant avec une rouerie certaine l’agenda politique des thèmes dits conservateurs (l’insécurité, l’immigration….) jusqu’aux thèmes dits progressistes (moralisation du capitalisme, développement durable..).

Mais voilà, la bulle présidentielle ne reposait que sur une spéculation communicationnelle surcotée par les agences de notation médiatiques. La bulle «Sarkozy» était donc condamnée à exploser de nouveau et avec elle tous les titres et actions qui promettaient de belles plus-values pour 2012 (1).

C’est pourquoi, on peut se remettre à penser à 2012 dès 2010 avec le vague espoir d’un Président qui incarnerait, à tout le moins, la fonction avec décence et qui, le rêve est permis, conduirait une politique réconciliant progrès social, maintien du rang de la France et exemplarité personnelle.

Cet article est une réflexion sur les différentes possibilités qui s’offrent à chacun d’entre nous pour 2012.


2012 et l’absten-ta-tion nihiliste


En 2007, j’avais dans les colonnes mêmes de ce blog appelé à voter Gérard Schivardi tant les candidats en course (au moins les deux principaux – la situation du troisième homme semblant plus complexe) par leur hyper-modernité (savant mélange de narcissisme psychologique et de plasticité idéologique) semblaient être incapables de freiner les mouvements à l’œuvre : mondialisation néo-libérale en économie, européanisation anti-démocratique en politique et progrès des mœurs douteux fragilisant le corps social. D’autant plus incapables que, n’ayant d’autres valeurs que l’accomplissement d’un destin personnel, ils étaient tout à fait inaptes à incarner la fonction, celle-ci réclamant de s’oublier pour s’élever, de s’effacer pour représenter tous les Français.


Bon… Cette position chimiquement pure présentait tous les avantages de la critique sans rien apporter de véritablement concret aux débats de 2007. Pour reprendre l’excellente formule utilisée alors dans Causeries Républicaines par Matthieu Aurouet, le débat démocratique « s’exerce dans le cadre restreint d’une offre politique » et c’est bien là tout le problème ! Sans exclure d’adopter pour 2012 cette même distance critique (après tout l’offre politique ne s’est pas, loin s’en faut, améliorée entre 2007 et aujourd’hui), il est encore permis de se livrer à un exercice prospectif en imaginant un candidat rêvé (2). C’est ce que nous allons faire dans les paragraphes qui suivent.


Le vote utile encore une fois ?

Bon, attendons un tout petit peu avant de rêver. Il y a fort à parier que 2012 ne sera qu’un nouvel épisode de vote «utile» pour candidat «ersatz» avec idée «pis-aller». Rappelons nous à cet égard du dernier vote par défaut que l’homme de gauche a dû concéder quand, à son corps et à son esprit défendant, il glissa le bulletin «Royal» dans l’urne avec pour seule excuse le mot d’ordre primaire TSS (tout sauf Sarkozy).


Un exercice fictionnel s’impose alors : qu’aurait fait Royal à la place de l’actuel hyper-Président ? Nous nous livrions à cet exercice il y peu avec des amis qui argumentaient, non sans raison, que Royal n’aurait pas commis le bouclier fiscal, le débat sur l’identité nationale, le chèque-cadeau aux restaurateurs ou l’augmentation du salaire présidentiel. Elle n’aurait sans doute pas poussé l’indécence de façon paroxystique comme Sarkozy : il n’y aurait eu ni Fouquet’s ni montre Patek (mais sans doute beaucoup de Pierre Bergé, de Dominique Besnehard et d’Artistes de gauche très engagés...). Oui, je le concède volontiers, voter Royal aurait pu être utile… Et pourtant, parce que les mêmes maux (le narcissisme psychologique et la plasticité idéologique précédemment évoqués) produisent les mêmes conséquences, nous aurions eu, sur l’essentiel, la même soumission servile au mouvement : le même traité constitutionnel européen au mépris du vote des Français de 2005, le même prêchi-prêcha pour la moralisation du capitalisme pour faire rire les banquiers à l’heure de la récréation et, pour ces raisons précises, l’abandon du modèle français de services publics. Par ailleurs, Royal et la gauche morale nous auraient sans doute pondu quelques belles réformes sociétales dont elles ont le secret : prohibition des publicités sexistes à la télévision, interdiction des sucreries pour nos chères têtes blondes, port du casque obligatoire sur les pistes de ski, un peu de diversité, beaucoup de parité, du développement durable à la folie (ce triptyque ayant maintenant remplacé la devise républicaine). Au moins la droite nous a-t-elle préservé de plusieurs de ces sacro-saintes avancées sociétales (3).


Et déjà les candidats à nos votes utiles se pressent sur la ligne de départ : chaque jour, la gauche en fournit son contingent très pressé de nous livrer son catéchisme politiquement impeccable et moralement inattaquable. Et déjà, je crains de devoir glisser le bulletin DSK, Aubry, Duflot ou Cohn-Bendit dans la fente étroite de l’urne maudite tout en sachant pertinemment que le pire et le pis-aller sont les ennemis du bien. Est-ce que 2012 marquera donc une nouvelle aporie du TSS ?


Le rêve utile

Allons ! Nous sommes encore en 2010 et, après tout, nous pouvons encore rêver que notre candidat rêvé donne vie à quelques unes de nos élucubrations. Ce candidat, nous allons en brosser le portrait dans les paragraphes qui viennent.


Un Président qui fasse Président

Au point où nous en sommes, il devient urgent de restaurer la fonction présidentielle. Le risque n’est pas le fascisme, comme le répètent à l’envi certains, mais son double guignolesque : le berlusconisme. Autant dire, un ordre politique dans lequel la démocratie est un régime formel dont n’est conservé qu’un trait distinctif qui est relativement facile à maîtriser aujourd’hui : le vote (4).


Ce rétablissement se joue d’abord dans l’ordre institutionnel avec le retour aux grands équilibres définis par la Cinquième République. L’hyper-Présidence n’est qu’une autre manière atrophiée d’exercer la présidence en donnant le change médiatique mais sans présider au sens fort du terme : c’est à dire influer sur le cours des choses.


La restauration de la fonction se jouera surtout sur le thème de la décence personnelle : la France a un besoin urgent d’intégrité après presque 30 ans de présidence marquée successivement par les intrigues de palais mitterrandiennes, par la corruption molle chiraquienne et, enfin, par le bling-bling communicationnel sarkozyste. Cette nécessité est celle d’une personnalité qui puisse incarner la common decency chère à Orwell. La décence doit d’abord s’entendre comme un rapport sain à l’argent et aux forces de l’argent. Elle recouvre également la conscience qu’exercer la présidence suppose d’avoir une vie privée compatible avec la fonction. Enfin, si l’on achève de brosser le portrait psychologique du Président idéal, celui-ci doit avoir un rapport aux Humanités qui montre que l’existence se nourrit, non d’un rapport instantané au présent, mais d’un dialogue ininterrompu avec l’Histoire, les grands Hommes et les grands Esprits.


En un mot, sans sombrer dans un moralisme excessif, une présidence réussie doit avoir une dimension normative tant morale que spirituelle. Il est par ailleurs capital de ne pas sous-estimer l’importance de cette dimension psychologique : 2007 nous a bien montré, tant avec son gagnant qu’avec sa perdante, que l’exercice présidentiel suppose une maturité politique d’abord mais psychologique surtout.


Un Président qui aurait la France pour passion

La passion américaine de notre Président en exercice et la très grande passion européenne de la plupart des hommes politiques de sa génération et de la précédente montrent par contrepoint que notre Président rêvé devra avoir une seule et unique passion : la France.


Les attirances américaines et européennes peuvent s’analyser comme un abandon aux forces dominantes de l’économie sans l’homme et de la gestion des sociétés sans la démocratie. Avoir la passion de la France, c’est assumer en bloc notre héritage politique républicain et avoir pour intime conviction que notre démocratie doit avant tout s’organiser dans l’espace de la Nation, celui dans lequel le débat d’opinion a lieu et dans lequel les hommes politiques sont responsables de leurs actes. Avoir la passion de la France, c’est également être convaincu que la France sera admirée non pour sa capacité à suivre le mouvement mais pour sa singularité. Le Président rêvé incarnera cette singularité.


La préservation contre le mouvement

Le discours politique actuel est fondé sur une seule et unique idée déclinée à l’envi : la réforme, c’est à dire, pour reprendre la définition du bougisme de Taguieff, le mouvement par le mouvement pour le mouvement. Deux évidences sautent aux yeux: le caractère auto-référentiel et infalsifiable de ce discours d’une part (difficile d’être contre le mouvement) et l’absence de fin aux deux sens du terme: le mouvement ainsi envisagé n’a ni objectif, ni aboutissement. Le combat de notre président rêvé sera de démonter le caractère absolument absurde de cette prémisse.


Pour ce faire, il convient de jouer d’un argument : le mouvement ininterrompu des réformes est le responsable de la dislocation de la société française. Pour que les Français se tiennent ensemble de nouveau, il faut renverser le discours de la réforme et y substituer celui de la préservation. Préserver, c’est maintenir l’unité du corps social en mettant en place les règles pour que les écarts de revenus soient décents ; c’est offrir à tous l’accès à un panier de biens socialisés grâce à des services publics déculpabilisés ; c’est enfin ne pas oublier que l’Etat peut préserver aussi en n’intervenant pas et que la vie des individus (dans leurs familles, leurs quartiers ou leurs communautés) doit être, au premier chef, gérée par les individus eux-mêmes. Cela devrait éviter tout un tas de lois imbéciles et inapplicables. Voilà donc, ce que notre président rêvé devra avoir en tête : préserver plutôt qu’abandonner la France aux mouvements spontanés.


Arrivé au terme de ce portrait chinois, il ne reste plus qu’à trouver l’oiseau rare...
 



(1)  A cet égard, il faudrait toutefois se réserver de tout commentaire hâtif tant la classe médiatique est capable de lécher, lâcher et lyncher – suivant la terminologie de J.F. Kahn – de manière cyclique. C’est pourquoi, il m’a toujours semblé faux de dire que les médias sont sarkozystes : en réalité, ils sont simplement sarko-centrés.  


(2) Et il faudra bien faire attention cette fois-ci au candidat rêvé des médias ! L’expérience « Royal » doit nous apprendre que tout est possible en matière d’auto-manipulation médiatico-sociale.


(3) Cela est tout de même de moins en moins vrai : la droite se prend de plus en plus pour la gauche en matière de questions sociétales. Sans doute de brillants esprits ultra-libéraux ont-ils compris que le conservatisme social est de loin le pire ennemi du mouvement si nécessaire à la marchandisation de tout.


(4) La maîtrise du risque électoral est le terrain de jeu des spin doctors. Il ne s’agit pas d’une science mais d’un art qui est donc soumis à un certain nombre d’aléas. Le spin doctor se doit de minimiser les impondérables, ce qui se révèle en fait plus aisé aujourd’hui qu’auparavant : ainsi, il ne s’agit après tout, l’abstention aidant, que de conquérir un petit tiers du corps électoral pour arriver à ses fins. D’autre part, la maîtrise des citoyens dits «actifs» est facilitée par la prolifération médiatique qui va de pair avec une uniformisation des idées : pour le dire autrement, de plus en plus de personnes pensent en même temps la même chose…

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