Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

Plaidoyer pour une gauche radicale républicaine (1)

Publié le 13 Mai 2008 par M. Aurouet in Politique


Première partie : où trouver le changement ?

Les quelques poèmes et textes laissés sur cet espace électronique laissent deviner une thèse centrale : alors que notre monde évolue dans un sens de moins en moins favorable à l'idéal d'une société démocratique, humaniste et décente, les forces politiques existantes peinent à proposer une issue salvatrice derrière laquelle pourrait  peut-être se ranger une majorité de citoyens. Pire : le changement, si souvent évoqué, n'a jamais paru aussi improbable. Jamais sans doute dans l'histoire de l'humanité, le volontarisme du pouvoir comme la rebellion des contre-pouvoirs n'auront paru si vaines. Tout se passe comme si l'agitation avait remplacé le mouvement, comme si le bruit s'était substitué à la parole. Et si la politique a de tout temps été théâtrale, la voici aujourd'hui en passe de devenir un pur théâtre, un jeu où l'on dit tout et son contraire, où les convictions se déterminent en juste proportion de leur impact estimé. La vieille guerre des idéologies, si coûteuse en vies humaines, a laissé place à son exact opposé : la bataille communicationnelle. La société du spectacle semble avoir gagné et, avec elle, la résignation de consciences pourtant massivement mobilisées.

Il faut d'ailleurs voir dans cette fabuleuse mobilisation l'un des facteurs explicatifs les plus déterminants du malaise civilisationnel actuel. Les individus sont aujourd'hui des acteurs zélés de la nécessité d'une évolution que, pourtant, ils subissent. La mobilisation physique et psychique autour de la mondialisation, de la compétitivité, de la croissance, des nouvelles technologies et de la consommation est d'une puissance à faire rêver n'importe quel régime totalitaire. Sans doute est-il vain de rechercher un coupable à abattre. La fascination est collective, même si elle laisse un profond sentiment de vide et de désarroi individuel et que, par ailleurs, la propagande décentrée bat son plein (management en entreprise, publicité à la maison, traitement de l'information sous le mode du prêt à penser dans la presse, à la radio et à la télévision). La modernisation, qui ne veut plus rien dire quand on sait pas où l'on va et qu'on entrevoit pas sa fin, est un thème rabâché qui unit tous les programmes politiques des partis de gouvernement, de gauche comme de droite. La droite, c'est la modernisation avec bonne conscience à la clé ; la gauche, c'est la même modernisation mais avec toutefois cette dose de culpabilité qui fait rechercher des compensations sur le terrain sociétal. Quoi qu'il en soit, notre misère contemporaine vient précisément de ce que les grands partis politiques n'ont rien d'autres à proposer qu'une feuille de route modernisatrice adaptée à la sensibilité de chacun. Si le chemin porte à contreverse, la destination, elle, ne fait pas de doute. Le programme, qui a tué le projet, est le signe d'une société purement gestionnaire. Et cela ne poserait aucun problème si le politique n'était pas par essence une lutte sur le terrain du sens. Que veut dire moderniser et s'adapter quand c'est au prix d'un renoncement à une certaine idée de l'Homme et de la société ?

La gauche réformiste et la droite libérale n'offrant rien d'autre qu'une stratégie d'adaptation à une réalité naturalisée, reste, pour les électeurs, à se tourner vers les partis contestataires. Pourtant, ni les mouvements d'extrême droite, ni ceux de l'extrême gauche, n'apportent d'issue véritable. Leur ancrage répulicain est souvent ambigü, pour ne pas dire factice. A droite, domine une conception essentialiste de la nation qui ne peut se concilier durablement avec l'attachement à la liberté et à l'hospitalité. L'étranger catalyse les angoisses sociales et économiques et fait office de victime expiatoire. Le recours au registre de la morale, potentiellement bénéfique pour la démocratie, se perd dans un moralisme étroit qui ne souffre aucune discussion. Le patriotisme masque mal un nationalisme dangereux tandis que l'autorité et l'attachement aux traditions prennent très vite un tour caricatural et dogmatique. A gauche, en corollaire à une volonté bien réelle de réduire les inégalités culturelles, économiques et sociales, et derrière la nécessaire et salutaire remise en cause du capitalisme contemporain, on pratique la catégorisation et la hiérarchisation de la souffrance, on traque la domination derrière chaque institution, on bascule dans l'angélisme le plus naïf. On nie l'autorité comme repère structurant et régulateur des rapports sociaux. On brandit les slogans les plus adolescents et stupides de mai 68. On pratique sans vergogne l'amalgame et l'anathème. On se range derrière chaque minorité qui se dit opprimée ou discriminée, au risque, par exemple, de remettre en cause de vieux compromis politiques et sociaux comme la laïcité. Ainsi, force est de constater qu'à gauche comme à droite de l'équiquier des partis contestataires, la sortie du chaos est impossible puisque potentiellement génératrice d'un chaos plus grand encore.

Nous avons conscience que ce portrait est caricatural. Les forces politiques actuelles présentent un visage beaucoup plus complexe que celui que nous avons brossé à grand trait. Mais, aussi réducteur soit-il, il suffit à montrer qu'il n'existe pas de force structurée susceptible de proposer à la fois l'audace du changement et le rassemblement du peuple français. Soit que, renonçant à l'audace, les partis de gouvernement trahissent la démocratie en lui préférant la modernisation aveugle, soit que, renonçant au rassemblement, les partis de la contestation refusent, chacun à leur manière, toute une partie de ce qui fonde aujourd'hui encore l'attachement à la République et à la Démocratie.

Commenter cet article