Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

C'est la volute finale !

Publié le 31 Décembre 2007 par G. Bloufiche in Société

 

J’emprunte la géniale formule de Philippe Muray pour introduire cet article revenant sur un essai collectif intitulé « Je fume, pourquoi pas vous ? » signé, il y a deux ans, par quelques unes des plumes dites « réactionnaires » les plus remarquables (E.Lévy, B. Duteurtre, P. Raynaud et le regretté P. Muray qui devait mourir quelques mois plus tard d’un cancer du poumon).
Rappels intéressants au moment de l’entrée en vigueur d’une nouvelle loi scélarate.
 
 
Ce sont Sartre et Bogart à qui on dénie, rétrospectivement, tout droit de porter une cigarette à leurs lèvres par un procédé tout à fait stalinien. Ce sont des pauvres taiwanaises enceintes qui, surprises en train de fumer, doivent s’acquitter d’une amende faramineuse ou accepter une « rééducation ». Ce sont aussi des enfants enrôlés dans une lutte sans merci contre l’intolérable abus qu’ils subissent de la part de leurs parents (suivant une technique également en vogue dans les pays totalitaires). Ce sont des malades que l’on ne songe même plus à plaindre, « délinquants » qui doivent endurer « en plus des affres de la maladie, ceux du remords », selon la formule de E.Lévy.
 
Mais pour cette dernière, ce que les anti-fumeurs détestent avant tout « c’est l’ancien monde » et sa vie qui tuait de manière tout à fait certaine et même radicale.  Mais ne nous y trompons pas, nos nouveaux humanistes ont un projet bien précis : « ce qui mijote dans les chaudrons de l’époque, c’est bien la vie sans vie. »  
 
Une tabacophilie éclairée
 
Fumer peut pourtant sauver, comme le note astucieusement B.Duteurtre. Les New yorkais fumeurs bannis des tours du World Trade Center ont pu se sauver du désastre des tours jumelles bien plus facilement que leurs comparses non fumeurs : ils étaient déjà à l’extérieur des tours… Mais l’air libre ne protège plus les fumeurs des commentaires déplaisants : « ça commence comme le cancer par une toux faussement discrète, un raclement de gorge insistant ». Même en plein air, le fumeur n’est plus à l’abri de « l’accoutumance négative ». Pourtant Duteurtre se plaît à évoquer ses souvenirs où le tabac était un symbole d’art de vivre et un signe d’appartenance au monde des adultes. Dans l’ « île aux enfants », le tabac est devenu « une saleté alliée avec la mort dont la persistance est devenue intolérable ».
 
Pour une analyse politique de la tabacophobie
 
On se réfèrera pour une analyse politique de la tabacophobie  à l’article de Philippe Raynaud sur cette singulière idéologie. Cette dernière est selon lui une cause résolument moderne à laquelle on ne comprend rien si on l’envisage sous l’angle d’un « retour à l’ordre ». C’est, en effet, la nouvelle gauche qui a voté la loi Evin comme si le nouvel hygiénisme était la « continuité de la culture permissive des années 60 ».
 
En effet, sous l’impulsion de cette culture, la traditionnelle démarcation entre vice privé et vice public a volé en éclats : en d’autres termes, la société individualiste a créé un type d’interdépendance entre individus tel que beaucoup de comportements hier encore « privés » apparaissent aujourd’hui susceptibles d’une régulation largement publique (et vice versa). Ainsi des destins croisés de la permissivité sexuelle (qui a fait l’objet d’une dérégulation quasi totale) et de la consommation de tabac (qui fait l’objet d’une répression comparable à celle qui touchait la sexualité), hier activité « innocente », aujourd’hui activité criminelle. Les murs de nos villes sont d’ailleurs témoins de ce destin croisé puisqu’y fleurissent quantité de publicités « porno chic » tandis que tout mégot y est furieusement proscrit. On ne peut pas dire que la distinction entre image décente et image indécente en soit facilitée. 
 
Par ailleurs, l’idéologie tabacophobe a très largement mobilisé la rhétorique de la défense de l’individu contre l’agression des fumeurs. Face à cette rhétorique, dont le représentant inattaquable est la figure  victimaire du fumeur passif, il n’est guère d’issue pour le fumeur actif. A part peut-être celle de se mettre aux drogues douces…
 
 
L’horizon paradoxal de la tabacophobie : la dépénalisation des drogues douces
 
Comme le montre P.Raynaud, le nouvel hygiénisme a redéfini les frontières entre le permis et l’interdit en affirmant que le tabac, comme le vin, sont des drogues. La seule différence, affirme le « nouvel hygiéniste », se situe dans le caractère « culturel » de certaines drogues qui les rendent, de facto, licites : « on entérine ainsi (…) un changement important dans la notion de drogue qui, si on y inclut le tabac, se trouve dissociée de celle des stupéfiants. » Ce qui permet de « mettre sur le même plan des produits qui provoquent d’importantes modification des états de conscience », les drogues douces aujourd’hui et demain sans doute des drogues moins douces, «  et une drogue qui n’a d’autres effets qu’une légère stimulation intellectuelle. »
 
C’est pourquoi, les défenseurs des drogues douces et les anti-fumeurs sont des alliés objectifs. Ils ont d’ailleurs de concert fabriqué un imaginaire où le fumeur forcément « beauf » fait contraste avec le « gentil consommateur d’herbe » forcément « cool ». Ce qui permet au passage le développement d’images et d’arguments tout à fait obscènes à l’endroit du fumeur.
 
Les lois qui veulent notre bien
 
« Les lois d’aujourd’hui savent des tas de trucs que celles d’autrefois ignoraient. C’est qu’elles travaillent pour notre bonheur ». P.Muray faisait cette remarque dans son roman On ferme. Et l’intérêt de Je fume, pourquoi pas vous ? est justement d’interroger ce bonheur décrété par textes de loi qui recèle décidément bien des non-dits.
Commenter cet article