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Chroniques sur le monde contemporain : G. Eturo, G. Bloufiche et Major Tom

De l'utilité d'un mort

Publié le 29 Décembre 2007 par G. Eturo in Société

 

Hier soir, vendredi 28 décembre 2007, sur la chaine du temps de cerveau disponible (TF1), nous avons encore eu droit à la Star Academy (comme le dit Gerra, "le sangatte de la chanson française"). Cette fois, le spectacle se mettait au service d'une grande et belle cause : la lutte contre la mucoviscidose. Le tout sous prétexte d'hommage à Grégory Lemarchal (dit "Grégory").

J'emploie le terme "prétexte" à dessein. Car s'il s'agissait vraiment de rendre un hommage, la chaîne aurait diffusé les chansons et les apparitions du défunt jeune homme, avec un minimum de pudeur, et donc de respect.

Ici, au contraire, la disparition de M. Lemarchal fut l'occasion rêvée de promouvoir les maisons de production (Polydor, Universal, AB...) à travers d'odieuses coupures de publicité ; de redorer le blason d'artistes soucieux de leur image et de la vente de leurs disques  ; de donner une assise humanitaire à un spectacle qui, par là même, devient incriticable (voir à ce sujet l'article de Vincent Paret sur Ingrid Bétancourt) ; d'organiser pendant trois heures un immense conditionnement émotionnel dans le but de racketer le téléspectateur ; surtout enfin, de placer Endémol et TF1 définitivement du côté du bien.

En fait, nous avons assisté, pendant près de trois heures, à une vaste campagne d'utilisation de la mort d'un jeune homme malade, au service du star system, de l'audimat et du profit. Le pire aura peut-être été la duperie des parents, qui n'auront cessé de cirer les pompes d'Endémol et de TF1, avec une belle apothéose finale ("ce sont des gens bien", aux dires de la mère en pleurs).

Soyons lucide pour l'avenir : les bonnes causes et les icônes de la souffrance ne sont que l'arbre qui cache une forêt boueuse et nauséabonde. En l'espèce, c'est avec la plus grande sincérité du monde que je plains M. Lemarchal, transformé, le temps d'un soir, en poule aux oeufs d'or des pires dérives télévisuelles.

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vincent paret 06/01/2008 16:22

C'était en décembre 2004: A la victoire de "Grégory", j'avais écrit un court texte, épitaphe avant l'heure.  Le voici:"On ne vote pas contre quelqu'un atteint de la mucoviscidose. On n'ose pas, on s'abstient. C'est dans l'ordre des choses. On fait gagner les radio-crochets à des malades "présentables", à ceux dont la maladie ne gâte pas les traits (tant pis pour les malades abominables),  à des bêtes de foire euphémisées, parfaites pour l'ère mass médiatiques, assez malades pour exciter la charité mais ne ressemblant pas à des freaks.Le destin du chanteur atteint de la mucoviscidose est aisément imaginable. Après quelques maigres succès, vient vite la névrose qui précipte son déclin minable. La maladie ronge; les caméras affluent pour filmer l'agonie du chanteur, l'extinction de sa voix, son regard abattu, le souffle qui vient à manquer, les poumons qui se meurent. Avec sincérité, avec larmes, avec dignité et profits versés à une oeuvre de charité, le chanteur connu car il était malade s'éteint et fait de sa mort un acte engagé."Voilà le plus affligeant dans cette histoire, sans doute triste par ailleurs, est qu'elle était tellement prévisible. A vrai dire, tout cela ressemble depuis le départ à un business plan  sur 3 ans comprenant un fort retour sur investissement à la mort du chanteur.Et je ne sais pas pourquoi mais j'ai du mal à associer la notion de "tristesse" à la notion de "business plan".