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Causeries
républicaines
Nous avons eu droit, lors de la dernière intervention de notre Président, aux éternels interviewers de service,
débarqués des chaînes télévisées, certe concurrentes mais tout aussi misérables, que sont TF1 et France 2.
Comme il fallait s'y attendre, les deux journalistes ont fait preuve d'un sens de la réflexion critique très limité.
On relèvera surtout cette phrase, hautement révelatrice, de madame Chabot, demandant à M. Sarkozy s'il pensait qu'aujourd'hui, en matière de réforme des régimes spéciaux de retraite, les esprits
étaient plus mûrs qu'en 1995 et 2003.
On peut déjà regretter qu'en tant que journaliste, madame Chabot et son indéboulonnable compère se soient montrés incapables d'élever le niveau d'analyse, présentant la question de la réforme
comme une simple affaire technique. De la part de personnes qui se considèrent comme un pilier vivant de la démocratie, on aurait aimé un peu plus de hauteur. Mais bon, la révérence a son
prix.
Mais ce qui est sidérant, et même sinistre, c'est d'observer que toute résistance populaire à la "modernisation" économique et sociale n'est jamais appréhendée autrement que sous l'angle d'une
masse imbécile, dépourvue de bon sens, désespérément attachée à ses privilèges ou à ses "statuts" et mentalement archaïque, incapable de comprendre la nécessité évidente des réformes. Il y a chez
madame Chabot, mais plus généralement chez les journalistes du petit écran, un mépris à peine voilé de la démocratie et, en corollaire, une sympathie plus qu'affichée pour la sagesse des
experts (et des dirigeants qui les suivent).
Quand verrons-nous l'un de ces permanents de la télévision, adorateurs de la flexibilité et du capital déraciné, se demander, dans nos salons, si les patrons des multinationales ont désormais
l'esprit mûr pour le protectionnisme ? Si les dirigeants de Total ont l'esprit mûr pour un plan national de sortie du pétrole ? Si les PDG gavés de stock options ont l'esprit mûr pour accepter
une taxation ? Etc.
Mais à ces objections, je connais déjà la réponse, qui consiste évidemment à me rétorquer que j'ignore les mécanismes fondamentaux du monde moderne. Ainsi, par une pirouette
habile, Chabot et consorts arrivent toujours à retomber sur leurs pattes, laissant toujours cette même impression de fatalité, qui veut que l'adaptation concerne forcément
certaines catégories, et jamais les autres, tout en se drapant dans le drapeau de la vertu et de la vérité.
Aujourd'hui, et j'ignore si ce sentiment est partagé ou bien si je suis marginal sur ce point, il est difficile de regarder ces "messieurs dames de la télévision" sans ressentir une franche
exaspération. Ce qui ne passe pas, c'est le fossé qui sépare leur représentation de la profession journalistique de leur discour quotidien. Finalement, il est permis de suggérer que, loin de
servir la démocratie et le débat public, les journalistes du petit écran s'évertuent à la vider de toute substance.
Quel que soit le sujet abordé, que celui-ci ait trait à l'économie, à l'Europe ou aux question sociales, c'est toujours la même rengaine de la nécessité, qui implique un choix éclairé forcément
opposé à un choix obscur et rétrograde. Exit les intérêts divergents, exit les rapports de force et surtout, exit les idéologies comme grille de lecture du monde et des événements. La télévision,
pour ces gens là, n'est pas là pour refléter la vivacité et la diversité des opinions, elle n'est pas là pour servir le grand dessein démocratique, elle n'est là que pour faire de la pédagogie à
un spectateur en réalisé méprisé. Car ne nous y trompons pas, le spectateur n'est respecté que dans le strict cadre de l'audimat. Hors cela, il n'est rien d'autre, hélas, qu'un bouffon à
éduquer.
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